Plusieurs jours se passèrent dans des angoisses terribles. C'était un dévouement de tous les instants, des terreurs de chaque minute. Le délire dura plusieurs nuits, faisant craindre pour la vie du malade.

Muflier, qui, après avoir compris l'effet produit par sa présence, s'était d'abord discrètement retiré, avait de nouveau offert ses services à Armand, qui les avait d'abord refusés.

Mais les deux camarades avaient tant insisté que de Bernaye avait fini par se laisser fléchir.

Du reste, les raisons alléguées par Muflier étaient péremptoires.

La première, c'est que privé—pour cause majeure et pour obéir à M. de Thomerville—du plaisir de la promenade, il s'ennuyait et tenait à occuper son temps, l'oisiveté étant la mère de tous les vices.

La seconde, c'est qu'il éprouvait—chose bizarre—une profonde sympathie pour M. le marquis, sympathie que partageait de tous points messire Goniglu.

Il en était une troisième qu'il avait prudemment passée sous silence. Ils étaient naturellement sans nouvelles de Biscarre, et l'accident arrivé à Archibald paraissait prouver que le roi des Loups avait, cette fois encore, triomphé de ses ennemis.

Or, Biscarre—ils le devinaient—n'était pas assez niais pour n'avoir pas compris d'où était venue l'attaque dirigée contre lui: si bien que les deux acolytes se sentaient mal à l'aise et n'étaient pas fâchés de se ménager des défenseurs pour l'avenir.

En tout état de cause et quel que fût le mobile de leur conduite, Muflier et Goniglu étaient devenus d'admirables gardes-malades.

Les ordres d'Armand étaient exécutés avec une ponctualité remarquable.