A l'heure où nous prêtons l'oreille, quelques soupirs longs et bruyants faisaient écho depuis quelques instants au ronron en question; de plus, on percevait des craquements brusques suivis de gémissements et de murmures qui, à tout prendre, pouvaient passer pour des plaintes.
—Nom de nom de nom! disait la voix grondeuse, faut qu' ça finisse!... et ronfle-t-il assez, cet animal!
L'animal devait être l'autre personnage qui continuait ses gloussements cadencés.
Tout à coup on entendit un frottement sur le mur, puis un léger éclatement, et une flamme brilla.
La flamme éclaira une main qui sortait d'une chemise de nuit, entr'ouverte sur une poitrine velue comme un dessus de malle, ainsi qu'on disait avant l'invention des malles de cuir lisse. Au-dessus du col, rabattu et chiffonné, un cou puissant, à muscles en corde, et soutenant une tête énergique, coupée en deux par d'énormes moustaches.
Sur le front, un bonnet de coton dont la pointe rabattue donnait une vague idée de découragement et de faiblesse.
En un mot, sous ce bonnet de coton, il y avait Muflier.
Muflier, qui avait cherché le sommeil dû aux consciences pures, et qui écoutait avec une fureur non contenue les ronflements de Goniglu, plongé sans doute dans les rêves les plus ravissants.
Après un moment de réflexion, et sentant sans doute que la flamme commençait à lui brûler les doigts, Muflier se décida à allumer une bougie.
Puis, se dressant sur son séant, il regarda Goniglu dont le nez seul émergeait du fond de son oreiller de plume.