—Voyez vous-même.

Ce second article était ainsi conçu:

«Encore un désastre financier! L'exemple qui vient de haut est mis à profit par les spéculateurs de toutes les classes. Une de ces maisons interlopes qui s'arrogent le titre usurpé de banque, vient de s'effondrer dans des conditions assez bizarres.

»Pendant la journée d'hier, aucun des employés de la maison Mancal, dont le siége se trouvait rue Louis-le-Grand, n'a paru aux bureaux de la Société. Les garçons de bureau eux-mêmes n'ont pas ouvert les portes à l'heure ordinaire, et les nombreux clients qui venaient apporter ou retirer des dépôts n'ont pu y pénétrer.

»Immédiatement averti et devinant un de ces sinistres auxquels l'esprit de spéculation qui inspire le pouvoir donne de trop fréquents prétextes, le commissaire de police a fait ouvrir les portes.

»Les bureaux étaient complétement vides: tous les papiers avaient été enlevés clandestinement. Inutile de dire que la caisse ne contenait plus aucune valeur.

»Une enquête a été commencée à l'effet de rechercher les causes et l'étendue du désastre; on se préoccupe au parquet de connaître quels étaient les antécédents du sieur Mancal, qui, grâce à des connivences dont la nature reste encore un mystère, avait su pénétrer dans la société et y acquérir une sorte de confiance imméritée.

»Nous nous permettrons de trouver qu'il est un peu tard, mais nous nous en tiendrons au proverbe: Mieux vaut tard que jamais.»

—Eh bien? demanda Armand.

—Mon cher ami, reprit Archibald, vous n'ignorez pas que la maladie, en affaiblissant le corps, donne souvent à l'esprit une lucidité nouvelle; c'est comme une sorte de divination, qui par malheur ne dure pas alors que la santé est rétablie....