»R. J'étais tout esbrouffée au fond. J'ai voulu me remettre. Je suis allée à l'ancien mastroquet de mon pauvre Dioulou. J'y ai trouvé un zigue que je ne connaissais pas. J'avais la tête à l'envers. V'là que j'ai voulu sortir, le Bisco, qui me guettait, s'est jeté sur moi. Il m'a emportée au bazar des Arcis, il m'a jetée sur le lit, il a fermé la porte, et puis il est revenu auprès de moi... J'étais pocharde, que je ne voyais plus rien... Il m'a attachée; moi, je riais, je ne savais plus, je ne devinais pas... Il a pris des tas de papiers, de chiffons, et il en a mis sur le lit, dessous, tout autour de moi; il m'avait bouché la g... avec un tampon; il a allumé des allumettes, et puis il m'a dit: «B... de gueuse, tu finirais par nous faire piger; tu vas rôtir comme un vieux poulet.» Il a mis le feu, et puis il s'est sauvé.
»D. C'est Biscarre qui a allumé l'incendie?
»R. C'est lui... il m'a brûlée vivante.... Au Loup! C'est un gueux! faut le refroidir!...
»A ce moment, elle a eu une crise horrible dans laquelle elle a poussé de nouveaux cris, au milieu desquels je distinguais encore les mots au Loup! au feu le Bisco!... Mais elle était dès lors incapable de prononcer des paroles suivies... Cependant j'ai encore entendu ceci: Dioulou! venge-moi! livre le Bisco! va le voir raccourcir!...
»Elle est morte à huit heures cinquante minutes.
»En foi de quoi, j'ai rédigé le présent procès-verbal pour servir ce que de droit...»
Le greffier s'arrêta.
Il y eut un long silence. La tête de Dioulou était tombée sur sa poitrine, d'où s'échappait un grondement sourd.
—Vous avez entendu, reprit le juge, Biscarre n'est pas mort, puisque c'est lui qui a commis le crime épouvantable qui ferait horreur à un bourreau... il a tué la femme qui vous appelait à son secours, et qui, dans les dernières convulsions de l'agonie, prononçait encore votre nom... Il vous reste à accomplir le dernier voeu de cette malheureuse, en faisant connaître à la justice la retraite de Biscarre....
Dioulou se dressa d'un bond: