[IX]

[???]

Certes, on reçoit tous les jours des coups de barre de fer sur la tête, et on ne s'en trouve pas plus mal pour cela. Cependant, à vrai dire, le premier moment cause une impression désagréable, ce qu'eussent été d'ailleurs fort embarrassés d'expliquer nos deux amis Muflier et Goniglu, puisque, sous cette secousse un peu trop vive, ils étaient tombés nez contre terre, à l'état de vieux troncs sapés par la hache du bûcheron.

Est-ce à dire que ces nobles existences eussent été tout à coup tranchées dans leur fleur virginale? Ces belles âmes s'étaient-elles à jamais envolées? Ces grands coeurs avaient-ils pour toujours cessé de battre?

Non, par bonheur... pour eux.

C'est ce que constata tout d'abord l'aimable Muflier quand, après un nombre d'heures qu'il lui eût été difficile de calculer, il sentit peu à peu le sentiment renaître en lui.

Le réveil n'avait pas été brusque. Il avait eu en premier lieu la notion d'un lourd engourdissement qui le tenait aux tempes, d'un murmure sourd qui bouillonnait dans son cerveau: puis de vifs picotements dans les narines avaient annoncé et précédé un éternument, ou mieux une tentative sternutatoire, qui s'était perdue en un sifflement nasal de peu d'importance. Muflier avait ouvert un oeil. Mais comme il n'avait rien vu, il avait eu cette vague pensée que peut-être il était aveugle, ce qui lui fit passer dans l'épine dorsale un frisson nerveux.

Ces sensations multiples n'étaient que l'avant-coureur d'une résurrection complète. Le raisonnement, qui n'avait jamais fait défaut à notre ami, retrouvait sa lucidité.

Et son premier acte compréhensif fut celui-ci: S'il n'y voyait goutte, c'était pour une raison des plus simples, à savoir: qu'il faisait nuit, ou que tout au moins le lieu où se trouvait Muflier était plongé dans la plus profonde obscurité.

Quel était ce lieu?