Goniglu, qui buvait les paroles de Muflier, eut un élan soudain.

—Il a raison! s'écria-t-il. Nous voulions nous débarrasser du Bisco. Ça ne touche pas aux Loups, ça. Est-ce que nous avons trahi les camarades? Non! lui, lui seul!

—Et d'où vous venait cette haine pour Biscarre?

—Il ne nous fichait rien à faire... il nous laissait nous rouiller! Vrai! on marchait sur ses tiges... l'homme est fait pour travailler, pas vrai? Eh bien! rien de rien! pas une pauvre petite effraction à se mettre sous la dent... Si on se permettait une cambriolade ou un poivrier, monsieur miaulait... eh bien! alors, il fallait nous occuper!...

Goniglu parlait trop. Muflier estima que sa réputation d'orateur était compromise.

—Goniglu, tais-toi, fit-il en arrondissant un geste à la Frédérick. Tu fatigues ces messieurs....

Il fit un profond salut au président.

—Messieurs les juges, dit-il, certes, si moi et mon honorable ami Goniglu, nous nous sentions coupables, je serais le premier à vous demander de me fournir des cendres pour m'en couvrir la tête... mais je déclare ici, devant....

Il hésita. Il allait dire: Devant Dieu et devant les hommes, quand ses regards tombèrent sur le sinistre emblème suspendu au-dessus du tribunal.

—Devant... ce qu'il y a là, continua-t-il, je jure que s'il y a un coupable en tout ça, c'est Biscarre. Vous l'appelez le chef des Loups! mais un chef, ça commande, ça dirige! ça s'occupe de ses soldats! Ça ne passe pas son temps à manigancer un tas de tripotages dans le grand monde, que le diable n'y verrait goutte.