Avec dix francs de vieilles planches, des clous et de l'énergie, Exupère installa des rayons, et un mois ne s'était pas écoulé que les livres du vieux Dosmadot étalaient gravement en rangs serrés leurs dos de parchemin.
Exupère compta son argent.
Sur cent sept francs, il lui en restait trente-trois.
Il se souvint alors de M. Lemoine et se présenta chez lui.
Le savant l'attendait. Oh! il ne l'avait pas perdu de vue pendant ces trente jours. Moyennant une somme de quarante sous, une fois payée, la portière d'Exupère l'avait tenu au courant des faits et gestes de son futur protégé.
On devine le reste.
L'exploitation régulière commença.
Exupère, qui avait traîné une charrette, dut s'atteler à la gloire de M. Lemoine. Il ne se doutait pas le moins du monde que le Sic vos non vobis... fût la devise de l'académicien. Exupère se mit à la besogne avec une énergie qui se doublait d'une certaine ambition personnelle.
Il n'avait pas tardé à s'apercevoir de l'ignorance complète dudit Lemoine. Mais comme il touchait cent francs par mois, ci trois francs trente-trois centimes par jour, il travaillait de bon coeur pour les gagner, faisant la correspondance du savant, qui maintenant recevait des lettres de tous les points du globe, dans les langues les plus étranges, écrites avec les caractères les plus baroques....
M. Lemoine avait toujours les poches bourrées d'autographes de sauvages, et il était admirable de désinvolture lorsque tirant son mouchoir il laissait tomber une épître qui lui arrivait en droite ligne de Shang-Haï, d'Aden ou de Tombouctou. Il la ramassait, l'ouvrait et riait en disant: