—Verte, répéta-t-il comme un écho.

Le garçon le regarda. L'heure était singulière pour absorber cette liqueur excitante.

Quant à Jacques, il essayait de ressaisir le fil brisé de ses pensées. Il voyait au delà du cercle étroit du présent. Quand le flacon fut devant lui—c'était alors l'usage de servir la fiole, et non pas de verser, comme aujourd'hui, une portion congrue dans un dé a coudre—il remplit son verre et but.

La saveur âpre et balsamique lui arracha un tressaillement. L'alcool lui brûla l'estomac. Cette souffrance lui parut bonne. Il prit un second verre, puis un troisième.

Ensuite, il eut quelques minutes d'immobilité songeuse. Mais l'excitation de l'alcool monta promptement à son cerveau. Il y eut en lui comme le déchirement d'un voile.

—Misérable! voleur!

Il lui sembla que ces mots étaient de nouveau prononcés à son oreille. Il poussa une exclamation rauque, aussitôt étouffée, puis il porta désespérément la main à son front. Il se souvenait. Ce fut comme une révolte contre cette révélation de sa mémoire. Il n'était pas possible qu'il eût subi pareils outrages!... et pour s'arracher à ce hideux lancinement du cauchemar, il but encore....

Cette fois, l'idée surgit nette, lucide. Tout était vrai. Les moindres circonstances, les détails infiniment petits, la scène précédente dans ses nuances multiples, les intonations de voix de Belen, tout revenait, se répétait, ressuscitait... Et quelques mots s'échappèrent de ses lèvres bleuies:

—Cet homme en a menti!

Puis, un instant après: