—Vous manquez de zinc, et si vous voulez me permettre, avec ces bras-là, je ferai de la meilleure ouvrage.

Il mit à nu ses bras velus comme les pattes d'un ours.

—Vous savez comment se font ces frictions?...

—Oh! oui!

Le fait est que dans ces temps heureux, il était un commerce spécial que nous rappellerons au lecteur et qui pendant longtemps avait servi de ressource au doux Muflier.

L'autorité donnait une prime à qui repêchait un noyé: 15 francs pour un vivant, 25 francs pour un mort. C'est bizarre, mais c'était ainsi.

Alors Muflier se promenait tranquillement au bord de l'eau: il poussait un passant dans la Seine ou le canal, lui laissait le temps moral pour que l'asphyxie fût complète, puis se jetait lui-même à l'eau et ramenait le corps sur la berge.

Alors il le portait au poste le plus voisin: on envoyait chercher un médecin, et Muflier regardait.

Sa position était délicate: si la vie était ramenée dans ce corps inanimé, primo, il perdait 10 francs; secundo, le noyé pouvait se plaindre de l'indélicatesse dont Muflier avait fait preuve à son égard.

Ce qui explique avec quel soin Muflier suivait les progrès du traitement, dont il étudiait toutes les phases, prêt à s'esquiver si la science triomphait de la mort.