Les deux jeunes filles—Lucie et Pauline—s'étaient redressées brusquement par un mouvement de terreur involontaire.

La marquise fixait sur Jacques son regard pénétrant. Qu'était-ce donc que cette sympathie qui tout à l'heure l'avait entraînée vers cet homme! Quoi! il ne répondait pas! Atterré, frappé d'une prostration inexplicable, il courbait la tête, livide, désespéré!

C'est qu'en vérité Jacques chancelait sous ce dernier coup. Ces accusations, dans lesquelles se mêlait le vrai et le faux, c'était bien à lui qu'elles s'adressaient. Cet oncle Jean, pourquoi le nommait-elle le Bisco? Quel rapport entre les Loups de Paris et le maçon qu'il avait cru toujours un honnête travailleur?

Et encore une fois passait dans son imagination cette scène hideuse dont il avait été témoin à l'Ours vert. Donc, il n'était pas assez ivre pour s'être trompé. Donc, il n'avait pas rêvé. L'oncle Jean était au milieu de ces bandits!... Plus encore, il semblait être leur chef!...

Devant ces problèmes insolubles qui lui semblaient une machine monstrueuse, dont les engrenages allaient le saisir, il devenait fou!... Répondre, c'était discuter; c'était accepter une partie de ce que disait la Brûleuse. Avouer qu'il connaissait l'oncle Jean, au moment où elle l'accusait d'assassinat... où elle le nommait bourreau!...

—Cette femme est folle, vous avez raison! articula-t-il péniblement.

Madame de Favereye ne le quittait pas des yeux. Je ne sais quel souvenir lointain lui revenait au coeur. Non! c'était impossible! cet homme ne pouvait être un de ces criminels qu'on appelait les Loups de Paris!...

—Mais qui êtes-vous donc? s'écria-t-elle tout à coup, comme entraînée par une force plus grande que sa volonté.

Il se roidit contre la faiblesse qui pouvait le perdre, et répondit:

—Je suis le comte de Cherlux!...