Mais c'est qu'aussi le trouble profond qui déjà s'était emparé de lui lors de la scène terrible qui s'était passée entre lui et M. de Belen, avait repris toute son intensité.
C'était maintenant comme une sorte d'ivresse. Il en était arrivé en quelque sorte à douter de lui-même. Partout, à l'hôtel de la rue de Seine, au cabaret de l'Ours vert, dans cette chambre de la rue des Arcis, partout l'injure, partout cette accusation qui se renouvelait et qui le souffletait en plein visage!
Et pourtant, qu'avait-il donc fait? Quel crime avait-il commis? Qu'était-ce donc que ces bandits auxquels on l'accusait sans cesse d'être affilié et dont le nom inspirait à tous le dégoût et la terreur?
Sur ces deux visages de femme, il avait vu se traduire une horreur indéniable!... Et cela lui était plus douloureux encore que les insultes de M. de Belen, que les familiarités méprisantes du cabaretier.
—Il faut en finir! se répéta-t-il encore une fois. Il faut que je retrouve l'oncle Jean.
Cependant quand ce nom traversait sa pensée, il frémissait.
Quand il était ouvrier, il occupait une petite chambre à l'entrée de la rue Saint-Jacques, dans un de ces garnis borgnes où s'entassent les misères. L'oncle Jean y logeait aussi, bien qu'il parût rarement chez lui.
Du moins, le logeur pourrait peut-être lui donner les moyens de retrouver la trace qu'il cherchait.
Il suivit le quai et traversa le pont.
Mais au moment où il allait s'engager dans la rue du Petit-Pont, un homme qui marchait rapidement en sens inverse, vêtu d'une blouse déguenillée, coiffé d'une casquette dont la visière retombait sur ses yeux, s'arrêta brusquement et lui dit: