Pages.
[Introduction]
Chap. Ier. —I.Considérations générales sur la piraterie dans l'antiquité.—Civilisation primitive.—Origine de la navigation.[1]
II.État social primitif.—Les enlèvements et le mariage.[10]
— II. — I.La légende de Bacchus.[17]
II.Les Argonautes.[21]
III.Les héros d'Homère.[25]
— III. — Les Cariens et les Phéniciens.[29]
— IV. — Première répression de la piraterie. L'île de Crète.—Minos.—Rhodes.[41]
— V. — Les pirates grecs.[47]
— VI. — L'île de Samos.—Le tyran Polycrate.—Le marchandColæos.[53]
— VII. — La piraterie grecque.—Salamine.—Égine.[63]
— VIII. — Le monde oriental à l'époque des guerres médiques.[79]
— IX. — La Grèce après les guerres médiques.[99]
— X. — I.De l'empire de la mer exercé par Athènes.[107]
II.Organisation de la marine athénienne.[111]
— XI. — La piraterie à l'époque de Philippe II et d'Alexandre le Grand.[115]
— XII. — Les Carthaginois.—Traités d'alliance avec les Romains.—La Sicile.—Les Mamertins.[121]
— XIII. — Les Étrusques.—Les Ligures.[133]
— XIV. — Rome et la piraterie.[141]
— XV. — Guerres de Rome contre la piraterie.—L'Illyrie. La reine Teuta.—Démétrius de Pharos.—Genthius.[153]
— XVI. —I.Les Étoliens et les Klephtes.[165]
II.Conquête des îles Baléares.[170]
— XVII. — Mithridate et les pirates.[173]
— XVIII. — Puissance des pirates.—Captivité de César.[181]
— XIX. — Expédition de Publius Servilius Isauricus contre les pirates.[189]
— XX. — Les pirates crétois.—Expéditions d'Antonius et de Métellus.[193]
— XXI. — Exploits des pirates.—Leur luxe et leur insolence.[201]
— XXII. — La loi Gabinia.—Pompée.—La Cilicie.[207]
— XXIII. — Conquête de l'île de Cypre et de l'Égypte.[217]
— XXIV. — Sextus Pompée et la piraterie.—Auguste.[221]
— XXV. — La piraterie sous l'empire romain.[249]
— XXVI. — La piraterie et les invasions des Barbares.[265]
— XXVII. — La piraterie et la législation maritime dans l'antiquité.[275]
— XXVIII. — La piraterie et la traite des esclaves.[289]
— XXIX. — La piraterie et la littérature.—Le théâtre et les écoles de déclamation.[295]
Table alphabétique[309]

[INTRODUCTION]


Tous les peuples primitifs établis dans les pays méditerranéens ont exercé la piraterie dans l'antiquité. Il me faudra donc entrer dans l'histoire même des nations maritimes depuis leurs origines, et suivre parfois pas à pas leur sort et leurs destinées, parce que, de cette manière seulement, il me semble possible de reconstituer avec intérêt les divers caractères de la piraterie, d'en rechercher les causes, et d'expliquer les transformations qu'elle a subies avec la marche des siècles, avec les progrès de l'humanité et sous l'influence d'événements considérables auxquels elle ne fut jamais étrangère.

La piraterie se révèle, au début, comme une condition inhérente à l'état social. J'insisterai sur ce point, et j'établirai, à l'aide d'une étude sur la civilisation primitive, que la piraterie fut pour les antiques peuplades maritimes une nécessité qui naquit de la difficulté de se procurer les premiers besoins de l'existence. Les tribus primitives entreprirent la piraterie sur la mer, comme la guerre sur le continent, afin de se procurer des vivres. Dans une époque où toute notion du droit des gens était inconnue, où chaque petite nation vivait dans un exclusivisme étroit, le voisin, ses propriétés et ses biens étaient considérés comme autant de proies qu'il était licite de saisir et glorieux même de conquérir par la force ou par la ruse.

Pendant toute cette période préhistorique, la piraterie fut une profession parfaitement avouable.

Les légendes les plus accréditées des temps mythologiques et héroïques, nous fourniront la preuve que la piraterie fit son apparition sur la Méditerranée avec les premiers navigateurs. L'histoire confirmera ce fait, car c'est par des récits d'enlèvements, de violences, de pillage, que les plus grands écrivains de l'antiquité ont commencé leurs œuvres.

Tous les peuples des côtes de la Méditerranée ont pratiqué la piraterie au début de leur histoire, soit d'une manière générale dans leurs incursions, soit d'une façon plus restreinte dans des expéditions aventureuses. Celles-ci étaient néanmoins profitables au progrès de l'humanité, puisque ces aventuriers, transformés en personnages héroïques par les écrivains, agrandirent les bornes du monde connu, et furent, en même temps, des négociants, échangeant les produits des divers pays et répandant, dans tout le bassin méditerranéen, l'usage de l'écriture, les cultes et les arts orientaux.