Je termine au règne de Constantin l'histoire de la piraterie dans les pays méditerranéens, estimant que si elle devait être continuée au delà, elle n'offrirait un réel intérêt qu'à partir de l'époque où les Sarrasins et les Musulmans, de race nouvelle, fanatiques et implacables envers les chrétiens, firent apparition en Europe, semant sur leur passage la terreur et la ruine. Et cette histoire se terminerait au jour où le glorieux drapeau de la France fut victorieusement planté sur les murailles d'Alger, le repaire suprême de la piraterie sur les bords de la Méditerranée.
LA PIRATERIE
DANS L'ANTIQUITÉ
CHAPITRE PREMIER
I
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA PIRATERIE DANS L'ANTIQUITÉ.—CIVILISATION PRIMITIVE.—ORIGINE DE LA NAVIGATION.
La piraterie remonte aux temps les plus reculés. Elle apparaît dès les premiers âges de la société humaine, et, pour rechercher les véritables causes de son existence dans l'antiquité, il est nécessaire de connaître l'état primitif de cette société, de rappeler quels furent ses besoins, son industrie, et de suivre l'évolution lente mais progressive de la civilisation.
L'origine de la piraterie, c'est l'origine même de la navigation. Dans les temps anciens, pirates et navigateurs étaient deux mots synonymes. Je démontrerai que la piraterie se lie étroitement aux grands événements de la vie des peuples primitifs, à leurs migrations, à leurs conquêtes, à leurs luttes et aussi à la naissance du commerce et du droit maritimes dans les pays méditerranéens.
Ce serait une erreur de croire que la piraterie éclata tout d'un coup, au mépris de lois établissant une sorte de police internationale sur la mer; elle eut, au début, un caractère particulier que je m'attacherai à faire ressortir: elle ne fut alors ni méprisable, ni criminelle, et des siècles s'écoulèrent avant que les pirates fussent appelés latrunculi vel prædones, brigands ou écumeurs de mer, par les jurisconsultes. Nous voyons dans Homère que l'on demandait ingénument aux voyageurs inconnus, abordant sur quelque côte, s'ils étaient marchands ou pirates. Thucydide, le grave historien, nous fournira d'abondantes preuves que les Grecs se livraient à la piraterie aussi bien que les barbares. C'était une profession avouée.