[1] Virgile, Géorgiques, IV, 125-148.

La rapidité de l'expédition et la sage politique de Pompée valurent à ce général un triomphe éclatant et l'admiration du peuple romain et des vaincus eux-mêmes. Ce fut en souvenir de son nom que les pirates s'enrôlèrent plus tard sous les ordres de son fils Sextus. Pompée continua ses succès en Asie et fit inscrire, sur un monument qu'il éleva, ses actions glorieuses: «Pompée le Grand, fils de Cnéius, imperator, a délivré tout le littoral et toutes les îles en deçà de l'Océan, de la guerre des pirates; il a sauvé du péril le royaume d'Ariobarzane, investi par les ennemis; il a conquis la Galatie, les contrées ou provinces les plus éloignées de l'Asie, ainsi que la Bithynie; il a partagé la Paphlagonie, le Pont, l'Arménie, l'Achaïe, la Colchide, la Mésopotamie, la Sophène, la Gordienne; il a soumis le roi des Mèdes, Darius, le roi des Ibériens, Artocès, Aristobule, roi des Juifs, Arétas, roi des Arabes Nabatéens, la Syrie, voisine de la Cilicie, la Judée, l'Arabie, la Cyrénaïque, les Achéens, les Iozyges, les Soaniens, les Héniaques et les autres peuplades établies entre la Colchide et le Palus-Méotide, ainsi que les rois de ces pays, au nombre de neuf; enfin tous les peuples qui habitent entre le Pont-Euxin et la mer Rouge; il recula l'empire de Rome jusqu'aux limites de la terre: il conserva les revenus des Romains et les augmenta encore; il enleva aux ennemis les statues, les images des dieux, ainsi que d'autres ornements, et consacra à la déesse 12,060 pièces d'or (environ 332,600 fr.) et 307 talents d'argent (1,650,000 fr.)[1]

[1] Diodore de Sicile, Excerpt., Vatican., p. 128-130.

Cependant la piraterie ne fut pas entièrement détruite; les conquêtes faites si rapidement sont rarement durables. Un jour viendra où Rome sera plongée dans l'anarchie et où son bras ne se fera plus sentir au loin; alors la piraterie se réveillera aussitôt. Quant à la Cilicie, elle supportera difficilement le joug des Romains. L'histoire nous apprend, en effet, que Cicéron, dans son commandement de cette province (51-50 av. J.-C.), comprima une révolte, s'empara des villes de Sepyra, de Commoris, d'Erana et de six autres forteresses du mont Amanus. Il fit capituler aussi la ville de Pindenissum, située sur un pic élevé et refuge des fugitifs et des brigands. Fier de ces faciles succès, Cicéron était, en effet, à la tête de 12,000 fantassins et de 2,600 chevaux, il adressa des supplications au Sénat pour obtenir des prières publiques par lesquelles les Romains remercieraient les dieux de ses succès militaires. Rien n'est plus curieux que la lettre qu'il écrivit à Caton[1] pour lui demander l'appui de son autorité incontestée au Sénat. A l'en croire, Cicéron a sauvé la république; il voyait déjà «sa province, la Syrie, l'Asie tout entière, ravies à la domination romaine!» Et cependant il avait dit un jour sagement: «Gardons-nous d'imiter le soldat fanfaron, deforme est imitari militem gloriosum.» Caton et le Sénat parurent peu disposés à accueillir cette vanterie, mais les amis de Cicéron «se donnèrent tant de tablature[2],» que les honneurs et les prières furent accordés. L'orateur général fut salué par ses troupes du titre d'imperator[3], et une médaille fut même frappée en son nom à Laodicée[4].

[1] Lettres familières, XV, 4.

[2] Lettres familières, VIII, 11, «Non diù sed acriter nos tuæ supplicationes torserunt».

[3] Plutarque, Vie de Cicéron.

[4] Schulz, Hist. rom. par les médailles.