Ils menaçaient les vaincus de la torture pour les contraindre à dire où leurs richesses étaient cachées:

Si non strenue fatetur, ubi sit aurum, membra ejus exsecemus serra.

Dans toutes les comédies de Plaute et de Térence, imitées ou non des poètes comiques grecs, on retrouve toujours un personnage indispensable, le marchand d'esclaves, le leno. Ces poètes sont très durs pour ces misérables voleurs et vendeurs d'esclaves; ils en parlaient du reste en connaissance de cause, Plaute était esclave, et Térence avait été enlevé par des pirates. Il n'est pas étonnant dès lors de trouver dans leurs œuvres une science profonde des ruses et des spéculations du leno, des misères et des mœurs de l'esclave. Dans Plaute surtout, le caractère des esclaves, leurs fourberies, et aussi leurs souffrances, sont reproduites avec une vérité et une énergie admirables. A l'époque où les poètes comiques grecs et latins mettaient sur la scène des marchands d'esclaves, c'était, je l'ai déjà dit, au moment de la plus grande puissance des pirates; aussi, le leno est-il, à proprement parler, un pirate, et non pas exclusivement un marchand. En effet, ce sont généralement des étrangers que le leno amène sur le marché, et la plupart de ces étrangers des deux sexes ont été ravis à leurs parents et à leur patrie. Le leno est un misérable, un être sans honneur, les poètes ne lui ménagent pas les injures. Dans la comédie du Persan, de Plaute, Toxile apostrophe le leno Dordalus en ces termes: «Ah! te voici ... être impur, infâme, sans foi ni loi, fléau du peuple, vautour de l'argent d'autrui, insatiable, méchant, insolent, voleur, ravisseur effronté! Trois cents vers ne suffiraient pas pour exprimer tes infamies[1]

Dans un grand nombre de vers le leno est ainsi injurié.

Dans les Adelphes de Térence, Sannion paie d'impudence:

«Marchand d'esclaves, c'est vrai, je l'avoue; je suis la ruine des jeunes gens, un voleur, un fléau public[2]», et le poète nous fait voir ce leno se dirigeant avec une riche cargaison de femmes et d'opulentes marchandises vers l'île de Cypre, consacrée à Vénus, et centre d'un grand commerce de courtisanes.

[1] Acte III, sc. III, v. 403-408.

[2] Acte II, sc. I, v. 189-190.

C'est ainsi que l'on trouve dans le théâtre antique mille traits ayant rapport à la piraterie et au danger de la navigation.

Un voyage était le grand souci de l'époque, j'ai dit que pour se mettre en mer on préférait la saison d'hiver et les temps orageux, on aimait mieux exposer sa vie que sa liberté. Un des personnages de Plaute ne peut s'empêcher de dire comiquement, et le trait est bien vrai, du moins en ce qui concerne le vaisseau: «Celui qui veut se préparer beaucoup d'embarras n'a qu'à se donner deux choses, un vaisseau et une femme!»