Esclarmonde devait, malgré tout, rester le souvenir vivant de la rare et belle artiste que j'avais choisie pour la création de l'ouvrage à Paris; elle lui avait permis de rendre son nom à jamais célèbre.
Sibyl Sanderson!... Ce n'est pas sans une poignante émotion que je rappelle cette artiste fauchée par la mort impitoyable, en pleine beauté, dans l'épanouissement glorieux de son talent. Idéale Manon à l'Opéra-Comique; Thaïs inoubliée à l'Opéra, ces rôles s'identifiaient avec le tempérament, l'âme d'élite de cette nature, une des plus magnifiquement douées que j'aie connues.
Une invincible vocation l'avait poussée au théâtre, pour y devenir l'interprète ardente de plusieurs de mes œuvres; mais aussi, pour nous, quelle joie enivrante d'écrire des ouvrages, des rôles, pour des artistes qui réaliseront votre rêve!
C'est en pensée reconnaissante que, parlant d'Esclarmonde, je lui consacre ces quelques lignes. Les publics nombreux venus à Paris, comme en 1889, de tous les points du monde, ont, eux aussi, gardé le souvenir de l'artiste qui avait été leur joie, qui avait fait leurs délices.
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Elle fut considérable, la foule silencieuse et recueillie qui se pressa sur le passage du cortège menant Sibyl Sanderson à sa suprême demeure! Un voile immense de tristesse semblait la recouvrir.
Albert Carré et moi, nous suivions le cercueil, nous marchions les premiers derrière ce qui restait, pauvre chère dépouille, de ce qui avait été la beauté, la grâce, la bonté, le talent avec toutes ses séductions; et, comme nous constations cet attendrissement unanime, Albert Carré, interprétant l'état d'âme de la foule à l'égard de la belle disparue, dit ces mots, d'une éloquente concision, et qui resteront:
—Elle était aimée!
Quel plus simple, plus touchant et plus juste hommage rendu à la mémoire de celle qui n'est plus?...
Il me plairait, mes chers enfants, de remémorer en quelques traits rapides le temps d'agréable souvenir que je passai à écrire Esclarmonde.