Mon attention, superficielle et distraite d'abord, se précisa peu à peu,—je pris insensiblement intérêt à cette lecture, tant et si bien que je finis par ressentir une véritable surprise,—ce devint même, l'avouerai-je, de la stupéfaction!
—Quoi! m'écriai-je, une pièce sans rôle de femme, sinon une apparition muette de la Vierge!
Si je fus surpris, si je restai comme stupéfait, quels sentiments étonnés auraient-ils éprouvés, ceux que j'avais habitués à me voir mettre à la scène Manon, Sapho, Thaïs et autres aimables dames? C'est vrai; mais ils auraient oublié, alors, que la plus sublime des femmes, la Vierge, devait me soutenir dans mon travail, comme elle se serait montrée charitable au jongleur repentant!
A peine eus-je parcouru les premières scènes que je me sentis devant l'œuvre d'un véritable poète, familiarisé avec l'archaïsme de la littérature du moyen âge. Aucun nom d'auteur ne figurait sur le manuscrit.
M'étant adressé à mon concierge pour connaître l'origine de ce mystérieux envoi, il me fit savoir que l'auteur lui avait laissé son nom et son adresse, en lui recommandant expressément de ne me les dévoiler que si j'avais accepté d'écrire la musique de l'ouvrage.
Le titre de Jongleur de Notre-Dame, suivi de celui de «miracle en trois actes», me mit dans l'enchantement.
Le caractère, précisément, de ma demeure, vestige survivant de ce même moyen âge, l'ambiance où je me trouvais à Égreville, devait envelopper mon travail de l'atmosphère rêvée.
La partition terminée, c'était l'instant attendu pour en faire part à mon inconnu.
Connaissant enfin son nom et son adresse, je lui écrivis.
On ne pourrait douter de la joie avec laquelle je le fis. L'auteur n'était autre que Maurice Léna, l'ami si dévoué que j'avais connu à Lyon, où il occupait une chaire de philosophie.