Mes premiers ouvrages devaient être représentés en province, dans de vieux décors, et il me fallait entendre de la part du régisseur, des paroles de ce genre: «Pour le premier acte, nous avons trouvé un vieux fond de la Favorite; pour le second, deux châssis de Rigoletto, etc., etc.»
Je me souviens encore d'un directeur obligeant qui, sachant que, la veille d'une première, je manquais d'un ténor, m'en offrit un, en me prévenant ainsi: «Cet artiste connaît le rôle, mais je dois vous dire qu'il est toujours tombé au troisième acte!»
Ce même théâtre me rappelle que j'y connus une basse qui avait une prétention étrange, plus étrangement exprimée encore: «Ma voix, disait notre basse, descend tellement qu'on ne peut pas trouver la note sur le piano!...»
Eh bien! tous ces artistes amis furent de braves et vaillants artistes. Ils me rendirent service et eurent leurs années de succès.
Mais je m'aperçois que je m'attarde à vous parler de ces souvenirs d'antan. J'ai à vous entretenir, mes chers enfants, du nouvel ouvrage qui allait entrer en répétition à Monte-Carlo, je veux dire Thérèse.
CHAPITRE XXV
EN PARLANT DE 1793
Georges Cain, mon grand ami, l'éminent et éloquent historiographe du Vieux Paris, nous avait réunis un matin de l'été 1905: la belle et charmante Mme Georges Cain, Mlle Lucy Arbell, de l'Opéra, et quelques autres personnes, pour visiter ensemble ce qui fut, autrefois, le couvent des Carmes, dans la rue de Vaugirard.
Nous avions parcouru les cellules de l'ancien cloître, vu le puits où la horde sanguinaire des septembriseurs jeta les corps des prêtres massacrés, nous étions arrivés à ces jardins demeurés tristement célèbres par ces effroyables boucheries, quand, s'arrêtant dans le chaud et prenant récit de ces lugubres événements, Georges Cain nous montra une forme blanche qui errait au loin, solitaire.