Mon maître bien-aimé, Ambroise Thomas, s'avança et me dit: «Embrassez Berlioz, vous lui devez beaucoup de votre prix!». «Le prix! m'écriai-je avec effarement, et la figure inondée de joie, J'ai le prix!!!...» J'embrassai Berlioz avec une indicible émotion, puis mon maître, et, enfin, M. Auber...

M. Auber me réconforta. En avais-je besoin? Puis il dit à Berlioz, en me montrant:

«Il ira bien ce gamin-là, quand il aura moins d'expérience!»

CHAPITRE IV
LA VILLA MÉDICIS

En 1863, les grands-prix de Rome pour la peinture, la sculpture, l'architecture et la gravure étaient Layraud et Monchablon, Bourgeois, Brune et Chaplein.

La coutume, suivie actuellement encore, voulait que nous partions tous réunis pour la villa Médicis, et visitions l'Italie.

Quelle nouvelle et idéale existence pour moi!

Le ministre des Finances m'avait fait remettre 600 francs et un passeport, au nom de l'empereur Napoléon III, signé Drouyns de Luys, alors ministre des Affaires étrangères.

Nous fîmes ensemble, mes nouveaux camarades et moi, les visites d'adieu prescrites par l'usage avant notre départ pour l'Académie de France à Rome, à tous les membres de l'Institut.

Le lendemain de Noël, dans trois landaus, en route pour nos visites officielles, nous parcourûmes Paris dans tous les quartiers, là où demeuraient nos patrons.