Un journal du soir (peut-être deux) avait cru devoir informer ses lecteurs de mon décès. Quelques amis—j'en avais encore la veille—vinrent savoir, chez mon concierge, si le fait était exact, et lui de répondre: «Hélas! Monsieur nous a quittés sans laisser son adresse.» Et sa réponse était vraie, puisqu'il ne savait pas où cette voiture obligeante m'emmenait.

A l'heure du déjeuner, quelques connaissances m'honorèrent, entre elles, de leurs condoléances, et même, dans la journée, par-ci, par-là, dans les théâtres, on parla de l'aventure:

—Maintenant qu'il est mort, on le jouera moins, n'est-ce pas?

—Savez-vous qu'il a laissé encore un ouvrage? Il ne finira donc pas de nous gêner!

—Ah! ma foi, moi je l'aimais bien! J'ai toujours eu tant de succès dans ses ouvrages!

Et c'était une jolie voix de femme qui disait cela.

Chez mon éditeur, on pleurait, car on m'y aimait tant!

Chez moi, rue du Vaugirard, ma femme, ma fille, mes petits et arrière-petits-enfants étaient réunis, et, dans des sanglots, trouvaient presque une consolation.

La famille devait arriver à Égreville le soir même, veille de l'enterrement.

Et mon âme (l'âme survit au corps) écoutait tous ces bruits de la ville quittée. A mesure que la voiture m'en éloignait, les paroles, les bruits s'affaiblissaient, et je savais, ayant fait construire depuis longtemps mon caveau, que la lourde pierre, une fois scellée, serait, quelques heures plus tard, la porte de l'oubli!