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«21 mars 75.
«CHER AMI,
«Si je n'avais égaré votre carte (et par suite votre adresse) que j'ai du reste cherchée pendant un bon quart d'heure dans le «Testaccio» de mes papiers, je vous aurais dit, dès avant-hier, la joie vive et l'émotion profonde que m'ont causées l'audition et le succès de votre Ève. Le triomphe d'un élu doit être une fête pour l'Église. Vous êtes un élu, mon cher ami: le ciel vous a marqué du signe de ses enfants: je le sens à tout ce que votre belle œuvre a remué dans mon cœur! Préparez-vous au rôle de martyr; c'est celui de tout ce qui vient d'en haut et gêne ce qui vient d'en bas. Souvenez-vous que quand Dieu a dit: «Celui-ci est un vase d'élection», Il a ajouté: «et je lui montrerai combien il lui faudra souffrir pour mon nom».
«Sur ce, mon cher ami, déployez hardiment vos ailes et confiez-vous sans crainte aux régions élevées où le plomb de la terre n'atteint pas l'oiseau du ciel.
«A vous de tout mon cœur.
«CH. GOUNOD.»
CHAPITRE XI
DÉBUT A L'OPÉRA
La mort qui était venue me frapper dans mes plus vives affections, en m'enlevant ma mère, avait également ravi sa mère à ma chère femme. Ce fut donc dans une demeure tristement endeuillée que nous habitâmes, l'été suivant, Fontainebleau.
Le souvenir des deux disparues planait sur nos têtes, lorsque j'appris, le 5 juin, la mort foudroyante de Bizet,—Bizet qui avait été un camarade si plein de sincère et profonde affection, et pour lequel j'avais une admiration respectueuse, bien que je fusse à peu près de son âge.