J'avais sur ma table 1.100 pages d'orchestre et ma réduction pour piano que je venais d'achever.

Que deviendrait cet ouvrage? Je me le demandais tout soucieux. Serait-il jamais joué? Il était écrit, en effet, pour un grand théâtre. C'était là l'écueil, le point obscur de l'avenir...

Au cours du dernier hiver, j'avais fait la connaissance d'un poète à l'âme vibrante, Charles Grandmougin. Le chantre délicieux des Promenades, le barde chaleureux de la Patrie française, avait écrit, à mon intention, une légende sacrée, en quatre parties: La Vierge.

Je n'ai jamais pu laisser en friche mon esprit et j'y semai, de suite, les beaux vers de Grandmougin. Pourquoi fallut-il qu'un amer découragement y germât? Je vous le conterai plus tard, mes chers enfants. Le fait est que je n'y tenais plus. J'avais absolument le désir de revoir Paris; il me semblait que j'en reviendrais allégé de cette crise de défaillance que je subissais sans trop m'en rendre compte.

Le 26 juillet, j'allai donc à Paris, avec l'intention de persécuter Hartmann de mes agitations, de lui en faire la confession.

Je ne le trouvai pas chez lui. Pour occuper mon temps, j'allai flâner au Conservatoire. Un concours de violon y avait lieu. Quand j'arrivai, on était aux dix minutes de repos. J'en profitai pour aller saluer mon maître, Ambroise Thomas, dans le grand salon qui précédait la loge du jury.

Puisque cet endroit, jadis si délicieusement animé, est aujourd'hui désert et qu'on l'a abandonné pour une autre enceinte, je rappelle, à votre intention, mes chers enfants, ce qu'était alors ce séjour où je devais grandir et vivre ensuite pendant bien des années.

On arrivait au salon, dont je parle, par un grand escalier prenant accès dans un vestibule à colonnades. Parvenu au palier, on voyait deux tableaux de vastes dimensions, dus à des peintres du premier Empire.

La porte de face ouvrait sur une salle qu'ornait une grande cheminée et qu'éclairait un plafond à vitrages dans le goût des temples antiques.

L'ameublement était dans le style de Napoléon Ier.