Quand vint le tour de Delibes, je lui proposai de collaborer à son speech, avec la même interversion qu'on avait faite au théâtre, dans nos partitions. Je parlai pour lui, il parla pour moi. Ce fut une succession de phrases incohérentes accueillies par les applaudissements frénétiques de nos compatriotes et par les «Elyen» enthousiastes des Hongrois.

J'ajoute que Delibes comme moi, comme bien d'autres, nous étions dans un état d'ivresse délicieuse, car les vignes merveilleuses de la Hongrie sont bien des vignes du Seigneur lui-même! Il faudrait être «tokay», pardon, toqué, pour n'en pas savourer, avec le charme pénétrant, le très voluptueux et capiteux parfum!

Quatre heures du matin! nous étions, selon notre protocole, en habit noir (nous ne l'avions du reste pas quitté) et prêts à partir porter des couronnes sur la tombe des quarante martyrs hongrois, morts pour la liberté de leur pays.

Au milieu de toutes ces joies folles, de toutes ces distractions, de ces cérémonies touchantes, je pensais aux répétitions du Cid qui m'attendaient, dès mon retour à Paris.

J'y trouvai, en arrivant, encore un souvenir de la Hongrie. C'était une lettre de l'auteur de la Messe du Saint-Graal, cet ouvrage avant-coureur de Parsifal:

«TRÈS HONORÉ CONFRÈRE,

«La Gazette d'Hongrie (sic) m'apprend que vous m'avez témoigné de la bienveillance au banquet des Français à Budapest. Sincères remerciements et constante cordialité.

«F. LISZT.»

«26 août 85. Weimar.»

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .