Dans un article obligeant où vous établissez la justice de notre cause, vous dites que nous usons du droit de défense. Quelques personnes en pourraient conclure que, pour aller au secours de notre réputation attaquée, nous sortons du sujet de notre enseignement, du cercle, dès longtemps tracé, de nos leçons.

Non, nous ne nous défendons pas. Les passages tronqués, défigurés, se défendent eux-mêmes, dès qu'on les lit dans l'original. Quant aux commentaires qu'on ajoute, qui oserait les lire en public? Il en est où l'imagination monastique eût fait reculer l'Arétin. (V. le Monopole universitaire, p. 441.)

Dès ma première leçon de cette année, j'ai posé mon sujet; c'est la plus haute question de la philosophie de l'histoire:

Distinguer l'organisme vivant, du mécanisme, du formalisme, de la vaine scolastique.

I. Dans la première partie de mon cours, j'ai montré que le vrai moyen âge n'a pas été, comme on croit, dominé par cet esprit stérile, j'ai étudié le mystère de sa vitalité féconde.

II. Dans la seconde partie de mon cours, je montre ce qu'il faut penser du faux moyen âge qui veut s'imposer à nous. Je le signale extérieurement, par son impuissance et la stérilité de ses résultats; je le pénètre au fond même, dans la déloyauté de son principe: s'emparer de l'homme par surprise, l'envelopper avant l'âge où il pourrait se défendre, emmailloter la volonté, comme ils disent eux-mêmes, dans l'Apologie des Jésuites.

Tel a été, tel est, monsieur, le plan de mon cours. La polémique n'y vient qu'à l'appui des théories; l'ordre des Jésuites y est un exemple comme l'ordre des Templiers, que j'ai eu aussi occasion de rappeler.

Je ne suis pas un homme de bruit. La plus grande partie de ma vie s'est écoulée dans le silence. J'ai écrit fort tard, et depuis, je n'ai jamais disputé, jamais répondu. Depuis douze ans, je suis enfermé dans une œuvre immense, qui doit consumer ma vie. Hier, j'écrivais l'Histoire de France, je l'écrirai demain, et toujours, tant que Dieu le permettra. Je lui demande seulement de me maintenir tel que j'ai été jusqu'ici, dans l'équilibre, maître de mon cœur..., de sorte que cette montagne de mensonges et de calomnies, longuement amassée pour m'en accabler d'un coup, ne fasse en rien fléchir l'impartiale balance qu'il a placée dans ma main. Je suis, etc. Lundi, 15 mai 1843.

Nos adversaires purent voir, le 18 mai, à l'attitude de la foule taciturne qui avait rempli toutes les cours du Collége de France, qu'il y aurait péril à tenter plus longtemps la patience du public. Le silence fut complet; une personne soupçonnée (peut-être à tort) d'avoir essayé d'interrompre, fut passée de main en main, et en un moment déposée hors de la salle.

Depuis ce jour, la tranquillité n'a plus été troublée.