Alors, alors, ils ont pris un courage extraordinaire; ils ont jeté le bâton, pris l'épée, la grande épée à deux mains, et de cette arme gothique ils ont déchargé un coup, le grand coup du Monopole.
La dignité de l'Université ne lui a pas permis de répondre... D'autres ont fait face, la presse aidant, et devant l'acier la fameuse épée à deux mains, s'est trouvée n'être qu'un sabre de bois...
Grand effroi alors, vive reculade, et ce mot d'une peur naïve; «Hélas! comment nous tueriez-vous? nous n'existons pas!»
«Mais alors, qui donc aura fait votre gros libelle?»—Ah! monsieur, c'est la police qui nous a joué ce tour... Non, c'est l'Université, qui, pour nous perdre, a eu la noirceur de se diffamer elle-même[42].»
Cependant, revenant peu à peu de la première peur, sentant bien qu'ils n'étaient pas morts, et tournant la tête, ils virent que personne ne courait après eux... Alors, ils se-sont arrêtés, ils ont tenu ferme, ils ont de nouveau dégaîné...
Donc, nouveau libelle, mais tout autre que le premier, plein d'aveux étranges que personne n'attendait... Il peut se résumer ainsi:
«Apprenez à nous connaître, et sachez d'abord que dans notre premier livre, nous avions menti... Nous parlions de liberté d'enseignement... Cela voulait dire que le clergé doit seul enseigner[43]. Nous parlions de liberté de la presse... pour nous seuls. «C'est un levier dont le prêtre doit s'emparer[44].» Quant à la liberté industrielle, «S'emparer des divers genres d'industrie, c'est un devoir de l'Église[45].»—La liberté des cultes! n'en parlons pas! C'est une invention de Julien l'Apostat... Nous ne souffrirons plus de mariages mixtes! On faisait de tels mariages, à la cour de Catherine de Médicis, la veille de la Saint-Barthélemi[46]!»
«Qu'on y prenne garde! Nous sommes les plus forts. Nous en donnons une preuve surprenante, mais sans réplique, c'est que toutes les puissances de l'Europe sont contre nous[47]... Sauf deux ou trois petits états, le monde entier nous condamne!»
Chose étrange que de tels aveux leur soient échappés! Nous n'avons rien dit de si fort!... Nous remarquions bien dans le premier pamphlet des signes d'un esprit égaré; mais de tels aveux, un tel démenti donné par eux-mêmes aujourd'hui à leurs paroles d'hier!... Il y a là un terrible jugement de Dieu... Humilions-nous.
Voilà ce que c'est que d'avoir pris en vain le saint nom de la Liberté. Vous avez cru que c'était un mot qu'on pouvait dire impunément, quand on ne l'a pas dans le cœur... Vous avez fait de furieux efforts pour arracher ce nom de votre poitrine; et il vous est advenu comme au faux prophète Balaam, qui maudit, croyant bénir; vous vouliez mentir encore, vous vouliez dire Liberté! comme dans le premier pamphlet, et vous dites: Meure la liberté! Tout ce que vous avez nié, vous le criez aujourd'hui devant les passants.