Bien que l'on m'assure que dans les choses humaines la leçon de la veille ne doit jamais servir au lendemain, je vous dirai, comme le résultat de l'enseignement qui ressort de ce spectacle du Midi: Préservez-vous, défendez-vous, gardez-vous du sommeil de l'esprit; il est trompeur; il pénètre par toutes les voies, cent fois plus difficile à rompre que le sommeil du corps. Ne croyez pas (car c'est là une des idées par lesquelles il commence à s'insinuer), ne croyez pas, avec votre siècle, que l'or peut tout, fait tout, est tout. Qui donc a possédé plus d'or que l'Espagne, et qui aujourd'hui a les mains plus vides que l'Espagne? Ne reniez pas, au nom de la tradition, la liberté de discussion, l'indépendance sainte de l'esprit humain. Qui donc les a reniées plus que l'Espagne, et qui est aujourd'hui plus durement châtié que l'Espagne dans la famille chrétienne? Vous qui entrez dans la vie, ne dites pas que vous êtes déjà lassés sans avoir couru, que vous respirez dans votre époque un air qui empêche les grandes pensées de naître, les courageux sacrifices de se consommer, les vocations désintéressées de se prononcer, les hardies entreprises de s'accomplir; qu'un souffle a passé sur votre tête, qu'il a glacé par hasard dans votre cœur le germe de l'avenir, que vous ne pouvez résister seuls à l'influence d'une société matérialiste, et qu'enfin ce n'est pas votre faute si, jeunes, vous souffrez déjà du désabusement et de l'expérience de l'âge mûr. Ne dites pas cela, car c'est le conseil le plus insidieux du sommeil de l'esprit. Par quel étrange miracle vous trouveriez-vous fatigués du travail d'autrui? Pendant que vos pères couraient sans relâche d'un bout à l'autre sur tous les champs de bataille de l'Europe, où étiez-vous? que faisiez-vous? Vous reposiez tranquillement dans le berceau; éveillez-vous maintenant aux combats de l'intelligence, pour ne plus vous endormir que dans la mort! Le monde est nouveau aux hommes nouveaux, et c'est un bonheur que beaucoup de gens vous envient d'appartenir à un pays qui, suivant les instincts que feront prévaloir les générations les plus jeunes, peut encore opter entre le commencement du déclin ou la continuation des jours de gloire.
TABLE
| [LEÇONS DE M. MICHELET.] | ||
|---|---|---|
| INTRODUCTION. I. Le jésuitisme, l'esprit de la police mis dansla religion | [1] | |
| Le prêtre et le jésuite | [3] | |
| Qu'est-ce que les jésuites? la contre-révolution | [9] | |
| Comment ils ont gagné les mères, les filles; des jésuitesses | [11] | |
| Tentatives des jésuites pour gagner les écoles | [15] | |
| II. Mon enseignement; son caractère spiritualiste | [17] | |
| Comment il a été troublé, et ce qu'il sera désormais | [25] | |
| [Ire] | Leçon. Machinisme moderne. Du machinisme moral(27 avril 1843) | [29] |
| [IIe]. | Réactions du passé. Des revenants. Perindè ac cadaver(4 mai) | [38] |
| [IIIe]. | Éducation, divine, humaine. Éducation contre nature(11 mai) | [51] |
| Troubles.—Lettre au principal rédacteur du Journaldes Débats (15 mai) | [61] | |
| [IVe]. | Liberté, fécondité. Stérilité des jésuites (18 mai 1843) | [65] |
| [Ve]. | Libre association, fécondité. Stérilité de l'Égliseasservie (26 mai) | [74] |
| [VIe]. | L'esprit de vie, l'esprit de mort. Avions-nous ledroit de signaler l'esprit de mort? (1er juin) | [85] |
| Stratégie des jésuites, dans l'année 1843, en Suisse eten France. Leurs libelles. 1. Monopole universitaire;2. Simple coup-d'œil | [99] | |
| [LEÇONS DE M. QUINET.] | ||
| INTRODUCTION. Situation générale | [107] | |
| Conséquences de la suppression de la religion d'état. | ||
| Quels sont les vrais hérétiques? | ||
| L'État plus chrétien que l'ultramontanisme. | ||
| De la politique catholique. | ||
| [Ire]. | Leçon. De la liberté de discussion en matière religieuse(10 mai 1843) | [120] |
| [IIe]. | Origine du jésuitisme. Ignace de Loyola (17 mai) | [145] |
| [IIIe]. | Constitutions. Pharisaïsme chrétien (24 mai) | [172] |
| [IVe]. | Des missions. L'Évangile déguisé (31 mai) | [197] |
| [Ve]. | Théories politiques. Ultramontanisme (7 juin) | [221] |
| [VIe]. | Philosophie. Du jésuitisme dans l'ordre temporel.Conclusion (14 juin) | [249] |
| [Appendice]. Un mot sur la polémique religieuse (15 avril 1842) | [277] | |
| Du sommeil de l'esprit. Extrait d'un discours sur larenaissance (21 décembre 1842) | [290] | |
NOTES:
[1] Selon une personne qui croit être bien informée, il y en aurait aujourd'hui en France plus de 960; au moment de la révolution de juillet, il y en avait 423. A cette époque ils étaient concentrés dans quelques maisons; aujourd'hui, ils sont disséminés dans tous les diocèses.—Ils se répandent partout en ce moment. Il vient d'en passer trois à Alger, plusieurs en Russie. Ils se font demander au pape par le Mexique et la Nouvelle-Grenade. Maîtres du Valais, ils viennent de s'emparer de Lucerne et des Petits cantons, etc., etc.
[2] Qu'on sache bien une fois, malgré les éternelles répétitions des Jésuites qui se trompent à dessein sur tout cela, que la question de la liberté de l'enseignement et de ce qu'ils appellent le monopole de l'Université, n'a rien à faire ici. On ne trouvera pas un mot là-dessus dans ce volume. J'ai des amis bien chers dans l'Université, mais, depuis 1838, je n'ai plus l'honneur de lui appartenir.
[3] M. l'archevêque de Paris les a invités en vain à envoyer leurs élèves aux cours de la Faculté de théologie.
[4] Au grand péril de leur moralité; j'admire tout ce que ces jeunes prêtres, élevés dans cette casuistique, conservent encore d'honnêteté.—«Mais ne voyez-vous pas, dit un évêque, que ce sont des livres de médecine.»... Il y a telle médecine qui est infâme, celle qui, sous prétexte d'une maladie, aujourd'hui oubliée (ou même imaginaire et physiquement impossible), salit le malade et le médecin... L'assurance cynique qu'on met à défendre tout cela, doit faire sentir combien la loi devrait surveiller ces grandes maisons fermées, où personne ne sait ce qui se passe... Certains couvents se sont transformés en maisons de correction.
[5] Le jésuite n'est pas seulement confesseur, il est directeur, et comme tel, consulté sur tout; comme tel, il ne se croit nullement engagé au secret, en sorte que vingt directeurs qui vivent ensemble peuvent mettre en commun, examiner et combiner les milliers d'âmes qui leur sont ouvertes, et qu'ils voient de part en part... Mariages, testaments, tous les actes de leurs pénitents et pénitentes, peuvent être discutés, préparés dans ces conciliabules!
[6] On peut parler ainsi, lorsqu'une cause, embrassée par le Siècle, le Constitutionnel, et le Courrier, est défendue d'une part par les Débats et la Revue des Deux-Mondes, de l'autre par le National; la Gazette même s'est déclarée contre les Jésuites dans la question du probabilisme.