«Voici donc mon opinion: tant que le docteur Carlostad s'offre à se faire juger selon le droit, et à souffrir ce qui est juste au cas où il serait convaincu d'avoir pris part à la rébellion, je dois ajouter foi à son livre et à son dire, quoique moi-même auparavant je fusse disposé à le croire animé, lui et les siens, d'un esprit séditieux. Mais à présent je dois aider à ce qu'il obtienne l'enquête qu'il désire.»

Dans ce qui suit, Luther attribue, en grande partie, ce qui est arrivé à la violence avec laquelle les princes et les évêques se sont opposés à l'introduction religieuse. «De là parmi le peuple cette fureur qui naturellement ne cessera point avant que les tyrans ne soient dans la boue; car les choses ne peuvent durer quand un maître ne sait qu'inspirer la crainte, au lieu de se faire aimer.

»Non, laissons plutôt notre prêtraille et nos hobereaux, fermer l'oreille aux avertissemens; qu'ils aillent, qu'ils aillent, qu'ils continuent d'accuser l'Évangile du mal qu'ils ont mérité, qu'ils disent toujours: Je m'en moque. Tout-à-l'heure il en viendra un Autre qui leur répondra: «Je veux que dans quelque temps il ne reste sous le ciel ni prince ni évêque[a66].» Laissez-les donc faire; ils ne tarderont pas à trouver ce qu'ils cherchent depuis si long-temps; la chose est en train. Dieu veuille encore qu'ils se convertissent à temps! Amen.

»Je prie en conséquence les nobles et les évêques et tout le monde, de laisser se défendre le docteur Carlostad qui assure si solennellement pouvoir se justifier de toute rébellion, de peur que Dieu ne soit tenté davantage, et que la colère du peuple ne devienne plus violente et plus juste... Il n'a jamais menti Celui qui a promis d'entendre les cris des opprimés, et ce n'est non plus la puissance qui lui manque pour punir. Que Dieu nous accorde sa grâce. Amen.» (1525.)

«L'Allemagne est perdue, j'en ai peur[r62]. Il faut bien qu'elle périsse puisque les princes ne veulent employer que l'épée. Ah! ils croient qu'on peut ainsi arracher, poil à poil, la barbe du bon Dieu; il le leur rendra sur la face.» (1526.)

«L'esprit de ces tyrans est impuissant, lâche, étranger à toute pensée honnête. Ils sont dignes d'être les esclaves du peuple. Mais par la grâce de Christ, je suis assez vengé par le mépris que j'ai pour eux et pour Satan, leur dieu.» (Fin de décembre 1525.)

CHAPITRE IV.
1524-1527.

Attaques des rationalistes contre Luther.—Zwingli, Bucer, etc.—Érasme.