Après avoir recommandé la douceur et la patience envers les faibles d'esprit qu'on veut éclairer, Luther continue: «Si ton frère avait le cou cruellement serré d'une corde, et que, venant à son secours, tu tirasses la corde avec violence ou que tu y portasses précipitamment ton couteau, n'étranglerais-tu pas, ne blesserais-tu pas ton frère? Tu lui ferais plus de mal que la corde et l'ennemi qui l'aurait lié. Si tu veux le secourir, attaque l'ennemi; la corde, tu la toucheras avec précaution jusqu'à ce qu'elle soit ôtée. C'est ainsi qu'il faut t'y prendre. Ne ménage pas les fourbes et les tyrans endurcis, porte-leur des coups terribles, puisqu'ils ne veulent point écouter; mais les simples qu'ils ont cruellement garrottés des liens de leur fausse doctrine, tu les traiteras tout autrement, tu les délieras peu-à-peu, tu leur diras la raison et la cause de tout, et tu les affranchiras ainsi avec le temps... Tu ne peux être assez dur envers les loups, assez doux envers les faibles brebis.»
[a63] Page 200, ligne 6.—On s'étonne de la dureté avec laquelle Luther parle de leur défaite...
A Jean Rühel, beau-frère de Luther.—«C'est chose lamentable qu'on en finisse ainsi avec ces pauvres gens (les paysans). Mais comment faire? Dieu veut qu'il se répande une terreur dans le peuple. Autrement, Satan ferait pis que ne font maintenant les princes. Il faut bien préférer le moindre mal au plus grand...» (23 mai 1525.)
«... Ce qui me porte surtout à écrire si violemment contre les paysans, c'est que je suis révolté de les voir entraîner les timides de force, et précipiter ainsi des innocens dans les châtimens de Dieu.» (30 mai 1525.)
[a64] Page 201, ligne 12.—Luther intercéda... et obtint... qu'il pût s'établir à Kemberg...
Carlostad, après avoir obtenu la permission de rester à Kemberg, ne s'y tint pas tranquille, comme il l'avait promis. Il fit imprimer et répandre clandestinement, sans nom d'auteur, différens écrits contre Luther, et s'adressa en même temps au chancelier Brück pour se plaindre des torts que son ancien adversaire aurait eus envers lui. Luther, en ayant été instruit, écrivit au chancelier pour lui exposer ce qui s'était passé entre lui et Carlostad, et ce qu'il pensait de ce dernier (24 sept. 1528.) «... En vérité, dit-il, je ne sais que répondre à de pareils griefs. Au moindre mal, au moindre désagrément qui lui arrive, il faut que Luther en soit la cause..... Par compassion, j'avais bien voulu qu'il vînt m'exposer ses scrupules, et j'avais tâché d'y répondre à son contentement: il m'en faisait des remercîmens, et cependant j'ai vu depuis, par une de ses lettres à Schwenkfeld, qu'il se raillait de ma bonne volonté et de ma compassion. Depuis ce temps mon cœur s'est détourné de lui...
»Si on ne le surveille de plus près, pour l'empêcher de faire imprimer ces écrits anonymes (qu'on sait bien être de lui), qui croira à la longue que ce soit sans le consentement de notre gracieux seigneur, et à notre insu, que Carlostad séjourne parmi nous? D'un autre côté, s'il sortait de l'électorat, il exciterait probablement des troubles, et l'on ne manquerait pas d'en rendre responsable notre seigneur qui aurait pu les prévenir en retenant sous sa main cet homme dangereux. Le souvenir de Münzer me fait peur... Mon avis serait donc qu'on lui fît strictement observer le silence qu'il a juré de garder, et qu'on ne le laissât point sortir du pays jusqu'à nouvelle décision. Des paroles sévères suffiront, j'en suis sûr, car il est facile de lui imposer par un ton ferme et décidé. Quant à moi, je me trouve bien puni de l'avoir fait revenir parmi nous, et d'avoir si imprudemment convié Satan à ma table.»
[a65] Page 203, ligne 8.—Luther exprime l'espoir que tout pourra encore bien tourner pour Carlostad...
«Hier, nous avons baptisé un fils de Carlostad, ou plutôt nous avons rebaptisé le baptême. Qui aurait cru, l'année dernière, que ceux qui appelaient le baptême un bain de chien, le demanderaient aujourd'hui à leurs anciens ennemis?» (février 1526.) Mais son retour n'était point sincère. «Il vit avec nous, nous espérions le ramener dans la bonne voie, mais le misérable s'endurcit de jour en jour. Toutefois la crainte lui ferme la bouche.» (28 novembre 1527.) Quelques mois plus tard il écrit à un de ses amis: «Cette vipère de Carlostad, que je tiens dans mon sein, remue et s'agite, mais n'ose sortir. Plût à Dieu que tes fanatiques l'eussent parmi eux et que j'en fusse délivré.» (28 juillet 1528.)
«Carlostad est absent depuis quelques semaines, on pense qu'il est allé retrouver les siens et chercher son nid. Qu'il aille, puisqu'il n'est point de bons procédés qui puissent le ramener.» (27 octobre 1527.) Carlostad ne put supporter long-temps la protection hautaine et menaçante de Luther; il s'enfuit aux Pays-Bas.