«Je le demande, qu'arrivera-t-il enfin de cette horrible trahison des princes et des rois?» (16 décembre 1543.)

«Puisse Dieu nous venger des incendiaires (presque tous les mois il parle d'incendies qui ont lieu à Wittemberg)! Satan a trouvé un nouveau moyen de nous tuer. On jette du poison dans le vin, du plâtre dans le lait[a38]. A Iéna, douze personnes ont été empoisonnées dans du vin. Peut-être sont-elles mortes seulement pour avoir trop bu. Cependant on assure qu'à Magdebourg et à Northuse, on a trouvé des marchands vendant du lait empoisonné.» (avril 1541.) Dans une des lettres suivantes, il fait mention d'une histoire d'hosties empoisonnées.—A Amsdorf, à l'occasion de la peste de Magdebourg. «Ce que tu me mandes de la frayeur que l'on a aujourd'hui de la peste, j'en ai fait aussi l'épreuve il y a quelques années; et je m'étonne de voir que, plus se répand la prédication de la vie en Jésus-Christ, plus augmente dans le peuple la peur de la mort, soit qu'auparavant, sous le règne du pape, un faux espoir de vie diminuât pour eux la crainte de la mort, et que maintenant la véritable espérance de vie étant mise devant leurs yeux, ils sentent combien la nature est faible pour croire au vainqueur de la mort, soit que Dieu nous tente par ces faiblesses et laisse prendre à Satan, au milieu de cette frayeur, plus de hardiesse et de force. Tant que nous avons vécu dans la foi du pape, nous étions comme des gens ivres, endormis ou fous, prenant la mort pour la vie, c'est-à-dire ignorant ce que c'est que la mort et la colère de Dieu. Maintenant que la lumière a brillé et que la colère de Dieu nous est mieux connue, la nature est sortie du sommeil et de la folie. De là vient qu'ils ont plus de peur qu'autrefois... J'ajoute et j'applique ici ce passage du psaume LXXI: Ne me rejetez pas dans le temps de ma vieillesse; lorsque ma force succombera, ne m'abandonnez pas. Car je pense que ce temps suprême est la vieillesse du Christ et le temps de l'abattement, c'est-à-dire que c'est le grand et dernier assaut du diable, comme David, dans ses derniers jours, affaibli par l'âge, eût été tué par le géant, si Abisaï ne fût venu à son aide... J'ai appris presque toute cette année à chanter avec saint Paul: Quasi mortui et ecce vivimus. Et ailleurs: Per gloriam vestram quotidiè morior. Et quand il dit aux Corinthiens, In mortibus frequenter, ce n'a pas été chez lui spéculation ou méditation sur la mort, mais sentiment de la mort elle-même, comme s'il n'y avait plus d'espérance de vie.» (20 novembre 1538.)

«J'espère qu'au milieu du déchirement du monde, le Christ va hâter son jour et fera écrouler l'univers, Ut fractus illabatur orbis.» (12 février 1538.)

LIVRE IV.
1530-1546.


CHAPITRE PREMIER.

Conversations de Luther.—La famille[a39], la femme[a40], les enfans. La nature.

Arrêtons-nous dans cette triste histoire des dernières années de la vie publique. Réfugions-nous, comme Luther, dans la vie privée; asseyons-nous à sa table, à côté de sa femme, au milieu de ses enfans et de ses amis; écoutons les paroles graves du pieux et tendre père de famille[a41].