CHAPITRE V.
De la prédication.—Style de Luther.—Il avoue la violence de son caractère.
«Oh combien je tremblais lorsque, pour la première fois, il me fallut monter en chaire[r73]! mais on me forçait de prêcher. Il fallait d'abord prêcher les frères...»
«J'ai bien, sous ce même poirier où nous sommes, opposé au docteur Staupitz quinze argumens contre ma vocation à la prédication. Je lui dis enfin: «Seigneur docteur Staupitz, vous voulez me tuer; je ne vivrai pas trois mois.» Il me répondit: «Eh bien! notre Seigneur a de grandes affaires; on a besoin de gens habiles là-haut.»
»Je n'apporte guère de zèle et d'ardeur à la distribution de mes œuvres en tomes; j'ai une faim de Saturne, je les voudrais tous dévorer. Car il n'y a pas un de mes livres dont je sois satisfait, si ce n'est peut-être le Traité du serf arbitre et le Catéchisme.» (9 juillet 1537.)
«Je n'aime pas que Philippe assiste à mes leçons ou prédications, mais je mets la croix devant moi, et je me dis: Philippe, Jonas, Pomer, tous les autres, ne font rien à la chose; et je m'imagine alors qu'il ne s'est assis dans la chaire personne de plus habile que moi[r74].»
Le docteur Jonas lui disait: «Seigneur docteur, je ne puis du tout vous suivre dans la prédication[r75].»—Le docteur Luther répondit: «Je ne le puis moi-même, car souvent c'est ma propre personne ou quelque chose de particulier qui me donne l'occasion d'un sermon, selon le temps, les circonstances, les auditeurs. Si j'étais plus jeune, je voudrais retrancher beaucoup dans mes prédications, car j'y ai mis trop de paroles.»
«Je veux que l'on enseigne bien au peuple le Catéchisme; je me fonde sur lui dans tous mes sermons, et je prêche aussi simplement que possible[r76]. Je veux que les hommes du commun, les enfans, les domestiques, me comprennent. Ce n'est point pour les savans que l'on monte en chaire; ils ont les livres.»