Billet écrit par Luther à Eisleben, deux jours avant sa mort: «Personne ne comprendra Virgile dans les Bucoliques, s'il n'a été cinq ans pasteur.

»Personne ne comprendra Virgile dans les Géorgiques, s'il n'a été cinq ans laboureur.

»Personne ne peut comprendre Cicéron dans ses Lettres, s'il n'a été durant vingt ans mêlé aux affaires d'un grand état.

»Que personne ne croie avoir assez goûté des saintes Écritures, s'il n'a pendant cent années gouverné les églises, avec les prophètes Élie et Élisée, avec Jean-Baptiste, Christ et les apôtres.

»Hanc tu ne divinam Æneida tenta,

»Sed vestigia pronus adora.

»Nous sommes de pauvres mendians. Hoc est verum, 16 februarii, anno 1546.»

«Prédiction du révérend père le docteur Martin Luther, écrite de sa propre main, et trouvée après sa mort dans sa bibliothèque, par ceux que le très illustre électeur de Saxe, Jean Frédéric Ier, avait chargé de la fouiller[r184].

«Le temps est arrivé auquel, selon l'ancienne prédiction, doivent venir après la révélation de l'Antichrist, des hommes qui vivraient sans Dieu, chacun selon ses désirs et ses illusions. Le pape était un dieu au-dessus de Dieu, et maintenant tous veulent se passer de Dieu, surtout les papistes. Les nôtres, maintenant qu'ils sont libres des lois du pape, veulent encore l'être de la loi de Dieu, ne suivre que des mobiles politiques, et ne les suivre encore que selon leurs caprices.—Nous nous figurons qu'ils sont bien loin ceux dont on a prédit de telles choses; ils ne sont autres que nous-mêmes.—Il y en a parmi ceux-ci, qui désirant le jour de l'homme, ont commencé à chasser de l'Église le décalogue et la Loi. Parmi eux se trouvent maître Eisleben (Agricola), contre lequel, etc.—Je ne suis pas inquiet des papistes; ils flattent le pape par haine pour nous, et pour devenir puissans, jusqu'à ce qu'ils soient formidables au pauvre pape.... Je sens une grande consolation, quand je vois les adulateurs du pape lui tendre des embûches plus terribles que moi-même, qui suis son ennemi déclaré. Il en est de même chez nous: les nôtres me donnent plus d'affaires et de périls que toute la papauté, qui désormais ne pourra rien contre nous. Tant il est vrai que si un empire doit se détruire, c'est plutôt par ses propres forces. Celui de Rome

Mole ruit suâ....