[a49] Page 89, ligne 16.—Les prophètes.
«Je sue sang et eau pour donner les prophètes en langue vulgaire. Bon Dieu! quel travail! comme ces écrivains juifs ont de la peine à parler allemand. Ils ne veulent pas abandonner leur hébreu pour notre langue barbare. C'est comme si Philomèle, perdant sa gracieuse mélodie, était obligée de chanter toujours avec le coucou une même note monotone.» (14 juin 1528.)—Il dit ailleurs qu'en traduisant la Bible, il mettait souvent plusieurs semaines à chercher le sens d'un mot. (Ukert, II, p. 337.)
A Jean Frédéric, duc de Saxe, en lui envoyant sa traduction du prophète Daniel. «... Les historiens racontent avec éloge que le grand Alexandre portait toujours Homère sur lui et le mettait même la nuit sous sa tête: combien serait-il plus juste que le même honneur, ou un plus grand encore, fût rendu à Daniel par tous les rois et princes de la terre! Ils ne devraient pas le mettre sous leur tête, mais le déposer dans leur cœur, car il enseigne des choses bien plus hautes.» (février ou mars 1530.)
[a50] Page 92, ligne 10.—Psaumes...
A l'abbé Frédéric, de Nuremberg, en lui dédiant la traduction du psaume CXVIII: «... C'est mon psaume à moi, mon psaume de prédilection. Je les aime bien tous; j'aime toute l'Écriture sainte, qui est toute ma consolation et ma vie; cependant je me suis attaché particulièrement à ce psaume, et j'ai en vérité le droit de l'appeler mien. Il a aussi bien mérité de moi; il m'a sauvé de mainte grande nécessité d'où ni Empereur, ni rois, ni sages, ni saints, n'eussent pu me tirer. C'est mon ami, qui m'est plus cher que tous les honneurs, toute la puissance de la terre. Je ne le donnerais pas en échange, si l'on m'offrait tout cela.
»Mais, dira-t-on, ce psaume est commun à tous; personne n'a le droit de le dire sien. Oui, mais le Christ est bien aussi commun à tous, et pourtant le Christ est mien. Je ne suis pas jaloux de ma propriété; je voudrais la mettre en commun avec le monde entier... Et plût à Dieu que tous les hommes revendiquassent ce psaume comme étant à eux! Ce serait la querelle la plus touchante, la plus agréable à Dieu, une querelle d'union et de charité parfaite.» (Cobourg, 1er juillet 1530.)
[a51] Page 94, ligne 12.—Des Pères...
Dès le commencement de l'année 1519, il écrivait à Jérôme Düngersheim une lettre remarquable sur l'importance et l'autorité des Pères de l'Église. «L'évêque de Rome est au-dessus de tous par sa dignité. C'est à lui qu'il faut s'adresser dans les cas difficiles et dans les grandes nécessités. J'avoue cependant que je ne saurais défendre contre les Grecs cette suprématie que je lui accorde.
»Si je reconnaissais au pape le pouvoir de tout faire dans l'Église, je devrais, comme conséquence de cette doctrine, traiter d'hérétiques, Jérôme, Augustin, Athanase, Cyprien, Grégoire et tous les évêques d'Orient qui ne furent pas établis par lui ni sous lui. Le concile de Nicée ne fut pas réuni par son autorité; il n'y présida ni par lui-même, ni par un légat. Que dirai-je des décrets de ce concile? Les connaît-on bien? Sait-on lesquels d'entre eux il faut reconnaître?... C'est votre coutume à toi et à Eck, d'accepter les paroles de tout le monde, de modifier l'Écriture par les Pères, comme s'il fallait plutôt croire en eux. Pour moi, je fais tout autrement. Comme Augustin et saint Bernard, en respectant toutes les autorités, je remonte des ruisseaux jusqu'au fleuve qui leur donne naissance.»—Suivent plusieurs exemples des erreurs dans lesquelles les Pères sont tombés. Luther les critique en philologue, montrant qu'ils n'ont pas compris le texte hébreu. «De combien d'autorités Jérôme n'abuse-t-il pas contre Jovinien? Augustin contre Pélage?—Ainsi Augustin dit que ce verset de la Genèse: Faisons l'homme à notre image, est une preuve de la Trinité, mais il y a dans le texte hébreu: Je ferai l'homme, etc.—Le Maître des sentences a donné un bien funeste exemple en s'efforçant de faire accorder les paroles de tous les Pères. Il résulte de là que nous devenons la risée des hérétiques, quand nous nous présentons devant eux avec ces phrases obscures ou à double sens. Eck se fait le champion de toutes les opinions diverses et contraires. C'est là-dessus que roulera notre dispute.» (1519.)
—«J'admire toujours comment après les apôtres, Jérôme a pu mériter le nom de Docteur de l'Église, Origène celui de Maître des Églises... On ne pourrait faire un seul chrétien avec leurs livres... tant ils sont séduits par la pompe des œuvres. Augustin lui-même ne vaudrait pas davantage, si les Pélagiens ne l'avaient rudement exercé, et contraint de défendre la foi.» (26 août 1530.)