Nous avons évoqué l'histoire, et la voici partout; nous en sommes assiégés, étouffés, écrasés; nous marchons tout courbés sous ce bagage, nous ne respirons plus, n'inventons plus. Le passé tue l'avenir. D'où vient que l'art est mort (sauf de si rares exceptions)? c'est que l'histoire l'a tué.

Au nom de l'histoire même, au nom de la vie, nous protestons. L'histoire n'a rien à voir avec ces tas de pierres. L'histoire est celle de l'âme et de la pensée originale, de l'initiative féconde, de l'héroïsme, héroïsme d'action, héroïsme de création.

Elle enseigne qu'une âme pèse infiniment plus qu'un royaume, un empire, un système d'états, parfois plus que le genre humain.

De quel droit? du droit de Luther, qui, d'un Non dit au pape, à l'Église, à l'Empire, enlève la moitié de l'Europe.

Du droit de Christophe Colomb, qui dément et Rome et les siècles, les conciles, la tradition.

Du droit de Copernic, qui, contre les doctes et les peuples, méprisant à la fois l'instinct et la science, les sens même et le témoignage des yeux, subordonna l'observation à la Raison, et seul vainquit l'humanité.

C'est la solide pierre où s'asseoit le XVIe siècle.

Paris, 15 janvier 1855.

INTRODUCTION

§ Ier
Sens et portée de la Renaissance.