Que de fois il a fini!
Il finissait dès le XIIe siècle, lorsque la poésie laïque opposa à la légende une trentaine d'épopées; lorsque Abailard, ouvrant les écoles de Paris, hasarda le premier essai de critique et de bon sens.
Il finit au XIIIe siècle, quand un hardi mysticisme, dépassant la critique même, déclare qu'à l'Évangile historique succède l'Évangile éternel et le Saint-Esprit à Jésus.
Il finit au XIVe, quand un laïque, s'emparant des trois mondes, les enclôt dans sa comédie humaine, transfigure et ferme le royaume de la vision.
Et définitivement, le Moyen âge agonise aux XVe et XVIe siècles, quand l'imprimerie, l'antiquité, l'Amérique, l'Orient, le vrai système du monde, ces foudroyantes lumières, convergent leurs rayons sur lui.
Que conclure de cette durée? Toute grande institution, tout système une fois régnant et mêlé à la vie du monde, dure, résiste, meurt très-longtemps. Le paganisme défaillait dès le temps de Cicéron, et il traîne encore au temps de Julien et au delà de Théodose.
Que le greffier date la mort du jour où les pompes funèbres mettront le corps dans la terre, l'historien date la mort du jour où le vieillard perd l'activité productive.
Entrez dans une bibliothèque, demandez les Acta sanctorum de Mabillon, le grand recueil qui a reçu siècle par siècle, couche par couche, l'alluvion successive de l'invention populaire, l'histoire de ces milliers de saints qui, selon le temps, les nuances enfantines de la piété barbare, ont donné à chaque pays le Dieu du lieu, le Christ local. Tout finit au XIIe siècle; le livre se ferme; cette féconde efflorescence, qui semblait intarissable, tarit tout à coup.
«Les jésuites ont continué, dira-t-on; les saints surabondent dans le recueil des Bollandistes.»
D'autres saints, les saints du combat, excentriques et polémiques, dont le violent mysticisme, qui vient secourir Jésus, l'épouvante et lui fait peur. Il recula en présence du délire de saint François, vraie bacchante de l'amour de Dieu; et la Vierge recula en présence de son chevalier, l'Espagnol saint Dominique, qui, pour elle, dressait les bûchers, organisait l'inquisition, commençait ici les feux éternels.