«C'est la lamentable complainte qu'adressent à Votre Altesse vos suppliants, pauvres monstres qu'on ose à peine regarder, les lépreux, culs-de-jatte, boiteux et autres infirmes dont le nombre croît toujours, et qui meurent de faim... Ce grand nombre est venu de ce que jadis, dans votre royaume, s'est glissée une race de faux mendiants, qui s'appellent évêques, abbés, prêtres, moines. Ils se sont approprié les plus riches seigneuries; ils tirent la dîme de tout, même des gages des valets; il n'est pauvre ménagère qui, pour être absoute à Pâques, ne donne dîme de ses œufs... Chassez ces mendiants robustes,» etc.
Cette verte réclamation des aveugles et des boiteux était celle de tout le peuple, tout entier boiteux et aveugle. La question de la Réforme était de le redresser, de le mettre sur ses jambes et de lui rendre des yeux.
Déjà elle avait cet effet dans la Suisse, dans la Souabe, dans toute l'Allemagne du Nord. Elle appliqua les biens du clergé surtout à la création des écoles. Ses grands hommes, Luther et Zwingli, ne furent pas seulement des théologiens, mais les instituteurs du peuple.
Qui n'adorerait Luther en le voyant, au moment le plus périlleux de sa vie, le plus tiraillé, le plus occupé, parmi ses disputes, ses lettres, ses prédications, ses leçons de théologie, entre un monde qui s'écroule et un monde qui commence, enseigner le soir les petits enfants? (13 mars 1519.)
Et Calvin, si dur et si sombre dans sa création de Genève, qu'a-t-il fait surtout? Une école. Non-seulement la haute école des héros et des martyrs, mais d'abord et principalement l'humble école qui commençait tout, l'école primaire, élémentaire. Sa sollicitude pour l'enfant, jusque dans les moindres choses, est admirable et commande le respect du monde.
L'école, c'est le premier mot de la Réforme, le plus grand. Elle écrit en tête de sa révolution ce devoir essentiel de l'autorité publique: Enseignement universel, écoles de garçons et de filles, écoles libres et gratuites, où tous s'assoiront, riches et pauvres.
Que veut dire pays protestants? Les pays où l'on sait lire, où la religion tout entière repose sur la lecture.
C'est pour la première fois qu'on parle de l'enseignement des filles, qu'on s'occupe de former celles qui, bientôt, comme femmes et mères, auront à former leurs fils.
La lecture, l'écriture, l'instruction religieuse, un peu d'histoire, beaucoup de chant.
C'est pour la première fois que l'enseignement universel de la musique est institué.