Il paraît que Paulin voulut un ordre écrit. Après la paix, le 1er janvier 1545, le cardinal de Tournon écrivit et présenta à la signature du malade une révocation, de quoi? De la grâce accordée en 1541. Le roi signa sans lire comme il faisait le plus souvent. (V. le Procès, et Muston, I, 107.) Ce témoignage lui est rendu par l'historien protestant et vaudois, qui, plus sérieusement que personne, a épuisé l'examen de l'affaire.

Au reste, cette signature n'était pas tout. Il fallait celle du secrétaire d'État; le cardinal fit signer Laubespin. Il fallait celle du procureur du roi au Grand-Conseil; il refusa. Celle au moins de son substitut; il refusa. Et il fallait encore que le chancelier mît le sceau; il refusa. Le hardi cardinal y mit un sceau quelconque, et donna cette pièce informe à l'huissier du Parlement de Provence, qui était à la porte, attendant cette arme de mort.

Elle n'eût pas suffi, cependant; elle n'autorisait pas l'exécution militaire. Au-dessous de la signature, d'une écriture toute autre que celle de la pièce, quelqu'un, on ne sait qui, écrivit l'ordre qui livrait ce peuple aux soldats.

Ce qui rendait l'affaire hideuse, c'est que les parlementaires, si zélés contre l'hérésie, étaient des familles seigneuriales qui allaient recueillir la dépouille sanglante des victimes. Ils étaient juges et héritiers.

L'arrêt de 1540 ordonnait de punir les chefs. Et la pièce informe de 1545, l'horrible faux, ordonnait d'exterminer tout.

Pour en être plus sûr, on s'adressa à des brigands, aux soldats des galères, dont bon nombre étaient repris de justice, endurcis aux guerres barbaresques. Le président d'Oppède, sans bruit, sans notification, mène lui-même cette bande. Des dix-sept villages vaudois, plusieurs étaient vers Avignon, en terre papale. Mais le légat du pape donna de grand cœur l'autorisation[29].

Une circonstance curieuse, c'est que, ceux de Cabrières s'étant livrés sur la parole du président, il dit aux troupes de tuer tout. Elles refusèrent d'abord; les galériens se montrèrent plus scrupuleux que les magistrats. Ce ne fut pas sans peine qu'on les mit à tuer, voler et violer.

La chose une fois lancée, il y eut des barbaries exécrables. «Dans une seule église, dit un témoin, j'ai vu tuer quatre ou cinq cents pauvres âmes de femmes et d'enfants.» Et comment? Avec une furie, des supplices, des caprices atroces, dignes du génie de Gomorrhe. Vingt-cinq femmes, échappées, cachées dans une caverne, sur terre du pape, y furent, par ordre du légat, enfermées, étouffées. Cinq ans après, quand on fit le procès, on retrouva leurs os. Il y eut huit cents maisons brûlées, deux mille morts (au moindre calcul), sept cents forçats. Les soldats, au retour, vendaient à bon compte aux passants les petits garçons et les petites filles, dont ils ne voulaient plus.

La nouvelle ayant éclaté, il y eut un violent débat en Europe. Les Espagnols louèrent. Les Suisses et Allemands poussèrent des cris d'indignation. Cela servit les criminels. Ils firent entendre au roi qu'on n'avait tué que des rebelles, et qu'il ne devait pas souffrir que l'étranger se mêlât de nos affaires.

En quel état se trouvait-il alors? Et que restait-il de lui-même? Les protestants l'excusent, paraissent croire qu'alors il était fini et ne régnait plus.