La Pucelle, à ceux qui lui demandaient la cause qui lui mit les armes à la main, répondit: «La pitié qui était au royaume de France,» Luther eût répondu: «La pitié qui était au royaume de Dieu.»

Ce ne fut pas un verset de saint Paul, un vieux texte si souvent reproduit sans action, qui renouvela le monde. Ce fut la tendresse, la force du grand cœur de Luther, son chant, son héroïque joie.

Foi, espérance, charité, ce sont bien trois vertus divines. Mais il faut ajouter cette vertu rare et sublime des cœurs très-purs, rare même chez les saints. Faute d'un meilleur nom, je l'appelle la Joie.

La condamnation de tout le Moyen âge, de tous ses grands mystiques, est celle-ci: Pas un n'a eu la Joie.

Comment l'auraient-ils eue? C'étaient tous des malades. Ils ont gémi, langui et attendu. Ils sont morts dans l'attente, n'entrevoyant pas même les âges d'action et de lumière où nous sommes arrivés si tard. Ils ont aimé beaucoup, mais leur amour si vague, plein de subtilités suspectes, ne s'affranchit jamais des pensées troubles. Ils restèrent tristes et inquiets.

Au contraire, la bénédiction de Dieu, qui était en Luther, apparut en ceci surtout, que, le premier des hommes depuis l'Antiquité, il eut la Joie et le rire héroïque.

Elle brilla, rayonna en lui, sous toutes les formes. Il eut ce grand don au complet.

La joie de l'inventeur, heureux d'avoir trouvé et heureux de donner, celle qui sourit dans les dialogues de Galilée, qui éclate d'un naïf orgueil dans Linné, dans Keppler.

La joie du combattant au moment des batailles, sa colère magnifique, d'un rire vainqueur, plus fort que les trompettes dont Josué brisa Jéricho.

La joie du vrai fort, du héros, ferme sur le roc de la conscience, serein contre tous les périls et tous les maux du monde. Tel le grand Beethoven quand, vieux, isolé, sourd, d'un colossal effort, il fit l'Hymne à la Joie.