L'amiral, dit-on, plein de doute et de pressentiment, était au lit taciturne et faisait semblant de dormir, quand il entendit des sanglots. Jeanne pleurait sur l'Église abandonnée par son mari, sur tant de frères délaissés sans défense. «Être tant sage pour les hommes, dit-elle, ce n'est pas être sage à Dieu.»

Je crois que l'amiral, qui ne disait sa pensée à personne, ne tardait à armer, que pour armer d'ensemble. Qu'on songe ce que c'était que de mettre en mouvement ce monde immense de volontaires d'un bout de la France à l'autre, chacun se cherchant de l'argent, préparant son cheval, ses armes, retenu bien souvent par le défaut de ressources, par les adieux de la famille.

Le sage capitaine, heureux de voir cette âme sainte et dans une si haute voie, lui dit avec bonté: «Mettez la main sur votre sein, madame, sondez votre conscience... Est-elle bien en état de digérer les déroutes, les hontes, les reproches du peuple qui juge par le succès, les trahisons, les fuites, la nudité, la faim de vos enfants, la mort par un bourreau, votre mari traîné... Je vous donne trois semaines encore.»—Mais elle dit impétueusement: «Ne mets pas sur ta tête les morts de trois semaines!»

Il suffit d'avoir vu le vrai portrait de Coligny pour voir que, sous le roc, il y eut un cœur en cet homme. Ce mot de femme lui entra; il le crut de la part de Dieu, et, sans plus s'informer du nombre ni savoir si l'on était prêt, le matin, il monta à cheval avec ses frères et sa maison.

Le premier malheur du protestantisme, république spirituelle, avait été de prendre un roi pour chef, le triste roi de Navarre; le second, qui perdit l'entreprise d'Amboise, fut d'avoir un prince pour chef, l'étourdi prince de Condé. Ce fut sous un sinistre auspice que ces deux hommes en qui étaient deux mondes, Coligny et Condé, reçurent ensemble la sainte Cène (29 mars). Le lendemain, ils étaient en parfait désaccord; Condé, tous les chefs nobles, voulaient le secours étranger; Coligny et les ministres disaient que c'était tenter Dieu, qu'il fallait laisser cette honte au parti ennemi.

Datons bien cette chose. Et que l'histoire sorte donc de la fausse et injuste impartialité où elle s'est tenue jusqu'ici.

Les Guises, dès la fin de 1559, firent écrire Catherine au roi d'Espagne, et sollicitèrent son appui pour leur gouvernement.

En février 1560, ils tirèrent de Philippe la foudroyante lettre qui achevait leur victoire d'Amboise et mettait à leurs pieds le roi de Navarre.

En mai 1561, le clergé, à qui on demandait de déclarer ses biens, sollicita l'appui du roi d'Espagne.

En mars 1562, après Vassy, Guise apparut au Parlement, couvert de la protection de l'ambassadeur espagnol, et prit bientôt l'écharpe rouge.