L'affaire de Briel, quoique désapprouvée du prince d'Orange, qui n'était pas préparé à la soutenir, n'en commença pas moins le soulèvement de la Hollande et de la Zélande. Nos huguenots, sous Lanoue, surprirent Valenciennes le 15 mai, et Louis de Nassau, le bouillant frère du prince d'Orange, moins en rapport avec lui qu'avec nous, par un coup hardi s'empara de Mons (25 mai).
Charles IX semblait protestant. Le pape refusant la dispense pour le mariage de Navarre, il dit qu'on s'en passerait. Malgré la haute opposition du pape, malgré la sourde résistance de Catherine et d'Henri d'Anjou, il poursuivait l'affaire. La reine mère ne réussit pas à la faire avorter. La mort même de Jeanne d'Albret, empoisonnée, dit-on, et qui le fut au moins d'ennui et de dégoût, ne put rien arrêter (9 juin). Le roi avait signé le mariage le 6 avril, et le fit le 18 août.
Il ne voulait pas moins sincèrement le mariage de son frère Alençon avec la reine Élisabeth. Ce qui ne permet pas d'en douter, ce sont les présents magnifiques qu'il fit aux envoyés anglais. Dans cette cour nécessiteuse, l'argent, jeté ainsi, prouve mieux qu'aucune chose qu'il y avait bonne foi et une volonté sérieuse.
Ainsi, d'avril en juin, Charles IX suivait réellement le flot montant de la révolution, fortement entraîné et remorqué par Coligny.
La reine mère et son duc d'Anjou faisaient semblant de suivre.
Plusieurs lettres de Catherine montrent qu'elle était fausse; d'autres, qu'elle était hésitante, embrouillée dans ses propres ruses.
Qu'on lise sa lettre du 5 juin à Élisabeth. Au moment où, par des dépêches innombrables et par une ambassade solennelle, elle présente pour époux à la reine son fils Alençon, elle lui écrit une lettre où elle ne parle que d'Henri d'Anjou, de la romanesque hypothèse où Henri épouserait Marie Stuart, qui serait adoptée comme héritière par Élisabeth, de sorte qu'Henri, qui n'a pu être époux d'Élisabeth, se trouverait son fils adoptif!
Inexplicable lettre, d'une mère si aveugle, qu'elle perd de vue également la politique et le bon sens. À quel point faut-il croire qu'elle ignore la nature humaine, pour supposer qu'Élisabeth, dont tous les mots et tous les actes sont brûlants de haine pour Marie Stuart, change au point d'en faire sa fille?—et cela en la mariant à ce Henri d'Anjou qui vient de donner à Élisabeth la mortification d'un refus?
Cette lettre inepte, qui met bien bas cette fameuse Catherine, nous révèle que l'ambassade devait proposer à la reine d'Angleterre d'épouser Alençon, pour avoir des enfants, des héritiers? non pas; mais en prenant pour héritière sa rivale abhorrée, qu'eût épousée Anjou.
Combinaison très-digne de Bedlam et de Charenton! Admirable, à coup sûr, pour irriter Élisabeth, qu'on suppose trop vieille pour qu'Alençon en ait des enfants.