On a dit qu'il voulait faire massacrer ceux-ci, qu'il les réunissait pour les envelopper. Cependant, quand on songe à la vaillance connue de cette noblesse, à sa fermeté éprouvée, on sentira que la réunir ainsi, c'était la fortifier, c'était rendre le meurtre infiniment plus difficile, préparer un combat à mort.
Je ne vois pas que Coligny ait profité de l'autorisation. Il voulut lier Charles IX, comme il avait fait en lui rendant les places de sûreté. Pourquoi eût-il voulu plus de garantie pour lui-même qu'il n'en gardait pour son parti? Beaucoup de protestants venaient. Mais il n'eut, à poste fixe, que des gardes du roi. Anjou eut soin d'y mettre un capitaine ennemi de l'amiral.
L'illustre chirurgien Ambroise Paré coupa le doigt du blessé et fit à l'autre bras de profondes incisions. Ses amis pleuraient. Lui, merveilleusement patient: «Ce sont là des bienfaits de Dieu.»—Quelqu'un dit: «Oui, monsieur, remercions-le. Il a épargné la tête et l'entendement.»
Il y avait là un saint homme, le ministre Merlin, le même, je crois, qui sauva le coupable père de Rubens et obtint sa grâce du prince d'Orange. Merlin dit à l'amiral: «Vous faites bien, monsieur, de ne penser qu'à Dieu et d'oublier les assassins.»
Le calme et l'extraordinaire force d'âme de l'amiral parut à deux choses:
Dans l'opération très-douloureuse, et qu'Ambroise Paré ne fit qu'en trois fois, ayant un mauvais instrument, le patient ne sourcilla point et dit seulement à l'oreille d'un de ceux qui le soutenaient que Merlin donnât cent écus d'or aux pauvres de l'Église de Paris.
D'autre part, malgré tant de vraisemblances, de preuves même et d'aveux des gens de la maison fatale, comme on parlait des coupables, il dit: «Je n'ai d'ennemis que MM. de Guise. Toutefois je n'affirme point qu'ils aient fait le coup.»
Quelques hommes déterminés offrirent à l'amiral d'aller poignarder les Guises à la tête de leurs bandes. Mais il le leur défendit.
Les maréchaux Damville, Villars et Cossé vinrent le voir. Ils le trouvèrent gai et calme. Il dit à Cossé «Vous souvenez-vous de l'avis que je vous donnais il y a quelques heures?... Il faut prendre vos sûretés.»
Damville, avec Téligny, alla de sa part prier le roi de venir. Il vint à deux heures et demie; mais sa mère, son frère Anjou, Gondi, son ex-gouverneur, ne le laissèrent pas aller seul; ils le suivirent, inquiets de ce que dirait le blessé. Ils trouvèrent la petite rue, le petit hôtel, combles de protestants armés qui les regardaient de travers et se parlaient à l'oreille, témoignaient peu de respect, croyant voir dans la mère et son fils Anjou les vrais assassins.