Tavannes tua en brutal soldat, Montpensier en dévot furieux, Guise et Gonzague en Italiens calculés et politiques.
D'abord Gonzague (Nevers) voulait se tirer de Paris, agir plutôt au dehors, supposant bien que les choses seraient moins en lumière et resteraient moins dans le souvenir. Il voulait qu'on le chargeât de poursuivre ceux qui fuiraient avec sa cavalerie. On ne lui permit pas.
Guise montra dans le massacre une froideur extraordinaire pour un jeune homme de son âge. Il dit d'abord cyniquement aux troupes qu'il s'agissait d'une bataille à coup sûr, d'en finir pendant qu'on tenait ces gens, dont on aurait bon marché. Ensuite, il arrangea la chose de manière à se faire des amis en tuant les ennemis, à rendre le massacre agréable à beaucoup de gens.
Par exemple, il mena chez M. de la Rochefoucauld un homme qui avait promesse de sa compagnie de gens d'armes, qui même n'avait voulu marcher qu'à cette extrême condition. La Rochefoucauld était aimable et plaisant, fort aimé du roi, qui le soir avait essayé de le retenir au Louvre, peut-être pour le sauver. Le matin, six masques frappent à sa porte. Le malheureux ne fait nul doute que ce ne soit une algarade du roi qui vient le faire battre. Il n'hésite pas à ouvrir, en demandant toutefois qu'on le traite en douceur. Il riait quand on l'égorgea.
Téligny, gendre de l'amiral, était aussi une sorte de favori du roi; il l'aimait, tout le monde l'aimait. On n'aurait pas pu le tuer. Mais le duc d'Anjou le faisait chercher. On l'avisa sur un toit, qui fuyait, et on le tira.
Les protestants du faubourg Saint-Germain avaient tant de confiance, qu'avertis, ils s'obstinèrent à tout attribuer aux Guises et envoyèrent demander la protection du roi. Grand fut leur étonnement quand, abordant en bateau près du Louvre, ils virent les gardes du roi qui tiraient sur eux; ils s'enfuirent... Ce fou Charles IX, d'un sauvage instinct de chasseur: «Ils fuient, dit-il, ils fuient... Donnez-moi une carabine...» Et on assure qu'il tira.
Celui qui s'était chargé d'égorger le faubourg Saint-Germain avait manqué son affaire. Guise crut que tout était perdu. Il y avait plusieurs chefs, spécialement Montgommery. Il y court, se trompe de clef; à la porte de Bucy, il ne peut sortir. Tous se sauvent. Il les suivit au grand galop, mais toujours fort distancé, jusqu'à Montfort l'Amaury.
À son départ, les gens de l'Hôtel de Ville, loin d'approuver le massacre, se mirent en réclamation. Hardis de l'absence de Guise, le prévôt des marchands Charron (dont l'ex-prévôt Marcel avait usurpé la nuit les fonctions), mais qui était un magistrat, et un modéré, fait prier le roi d'empêcher sa maison, ses princes et le petit peuple de tuer et piller.
Il était midi. Le roi, qui lui-même venait de tirer, accueille la demande à merveille et ordonne aux échevins de monter à cheval et d'arrêter tout. Ordre aux bourgeois de désarmer et de rentrer dans leurs maisons.
On voit que la ville était bien loin d'avoir en cette horrible affaire l'unanimité qu'on a supposée. Quelle part réelle prit-elle au massacre? c'est ce qui restera fort obscur.