Roi de risée, de honte. Comme il sort, quelqu'un crie: «Il y a ici un huguenot.» Un homme est tiré de sa suite, sans autre façon poignardé. Le fou royal, regardant la foule de cet œil oblique et loustic (que donne son portrait de jeunesse), dit, pour flatter les assassins: «Si c'était le dernier huguenot!»

Depuis le jour où l'autre Charles, le pauvre idiot Charles VI, siégeait, bavant, riant, pour l'amusement des Anglais, jamais la France n'avait été plus bas.

Les protestants prétendent que les provinces reçurent des ordres écrits de massacre. C'est méconnaître étrangement la prudence de la reine mère. Dans la peur qu'elle avait d'un soulèvement des grandes villes, elle donna à des quidam, à des aventuriers qui sollicitaient ces commissions, des lettres, mais de simple créance, pour les gouverneurs et magistrats, avec ordre verbal d'emprisonner les protestants notables. On se disputait ces commissions lucratives, qui, en réalité, constituaient ces drôles chefs de l'exécution et dictateurs du pillage. Partout la chose commença par l'emprisonnement et le massacre des prisons; puis la tuerie de maison en maison, le pillage des boutiques. Les victimes furent partout des marchands et des fabricants. Les listes nominales ne donnent point de gentilshommes. Ils échappèrent apparemment.

Cette grande exécution tomba sur le commerce et l'industrie naissante, et un peu sur la robe. Elle fut extrêmement inégale, très-sanglante ici, et là nulle. De Thou dit qu'on évalue les morts à trente mille, mais qu'on exagère.

La chose fut moins aveugle qu'on ne l'a cru. Elle fut dirigée de manière à rendre le plus possible. Plusieurs en restèrent riches. Ils tirèrent parti de leurs morts jusqu'à vendre la graisse aux apothicaires.

La cour dirigeait si peu, qu'à Meaux, dont la reine mère était comtesse, et où l'explosion eut lieu dès le dimanche, une des premières victimes fut un receveur de la reine qui percevait pour elle la taxe fort dure qu'elle avait mise sur le drap et le vin.

Dans plusieurs lieux, à Meaux, à Lyon, le procureur du roi se mit à la tête de l'exécution. Mais généralement les autorités locales s'en chargèrent, et la justice se tint coi, s'effaça, s'absenta, ignora.

À Troyes, le conseil du massacre se tint chez l'évêque Bauffremont. À Orléans, il se fit sur une lettre de l'évêque Sorbin, prédicateur du roi. À Toulouse l'emprisonnement se fit par le Parlement même; les membres catholiques firent arrêter leurs confrères protestants. Les étudiants, maîtres d'armes, spadassins des écoles, se chargèrent du massacre. Cinq conseillers furent pendus en costume.

En Dauphiné, en Provence, en Auvergne, il n'y eut rien ou presque rien. Les gouverneurs, MM. de Gordes, de Tende, exigeaient des ordres écrits. Le dernier, allié de Montmorency, dit que, même avec ordre, il ne ferait rien. Les protestants, bien avertis, étaient partout armés, leurs anciens chefs tout prêts. Aux gens de la cour qui venaient, Gordes dit: «Montbrun vit encore.»

Rien en Bourgogne, peu ou rien en Picardie et dans le Nord, excepté à Rouen, où on versa beaucoup de sang.