Si des protestants abjurèrent, en revanche des catholiques, par l'horreur d'un tel événement, furent détachés de leurs croyances. «Cet acte, dit l'un d'eux, me fit dès lors aimer les personnes et la cause de ceux de la Religion.»

Les gens du Parlement sentaient très-bien le coup profond, terrible, que s'était porté le catholicisme. Ils se désespéraient de voir l'antique religion de la France, la royauté, mise plus bas par un fou furieux qu'elle ne fut jadis par un idiot. Ils entreprirent de replâtrer l'idole, insistèrent pour justifier la cour, qui ne le demandait point. Pour laver quelque peu le roi, il fallait réussir à salir les victimes, tirer de quelques protestants des aveux contre l'amiral, un semblant de conspiration. On s'en procura deux, qu'on attrapa dans l'hôtel même de l'ambassadeur d'Angleterre, qui grogna quelque peu et s'apaisa bien vite. L'un, Briquemaut, vénérable vieillard qui avait servi le roi toute sa vie; l'autre, Cavagne, intrépide, énergique. On n'en tira rien que l'honneur, la gloire de Coligny.

On avait apporté ses papiers au Louvre. Les misérables, découvrant sa grande âme, furent surpris et embarrassés. De 1570 à 1572, il avait, tous les soirs, écrit l'histoire des guerres civiles. De plus, longuement élaboré un mémoire sur l'état du royaume; là, son ferme conseil au roi de ne point apanager ses frères. Enfin, un petit mémoire sur la guerre des Pays-Bas; le sens était: «Si vous ne les prenez, l'Angleterre va les prendre.»

En le voyant si Français, si fidèle, tellement citoyen (contre l'Angleterre protestante), les meurtriers baissaient les yeux. Quelqu'un dit: «Cela est très-beau, digne d'être imprimé.» Gondi en détourna le roi, prit ces papiers et les mit dans le feu.

Catherine seule ne sentit rien de cela. Avant qu'on brûlât, elle fit trophée de ces papiers si glorieux pour Coligny, si accablants pour elle, pour ceux qui l'avaient tué. Elle les montra, triomphante, à l'ambassadeur Walsingham: «Le voilà, votre ami! voyez s'il aimait l'Angleterre!—Madame, il a aimé la France.»

Depuis le 24 août, ce n'était plus que fêtes; le temps les favorisait fort. Le clergé fit la sienne, dès le jeudi 28; il publia un jubilé où allèrent le roi et la cour, faisant leurs stations et rendant grâce à Dieu.

Le Parlement ne fut pas en reste; il fonda une fête, une procession annuelle pour le beau jour de la Saint-Barthélemy.

Il était parvenu, grâce à Dieu, à trouver Coligny coupable, s'appuyant des aveux des deux hommes qui n'avaient rien dit. On le condamna à être traîné sur la claie et pendu, «si toutefois on retrouvait son corps,» sinon en effigie. On fit son mannequin fort ressemblant de mise et d'attitude, sans oublier le cure-dent que le taciturne amiral avait si souvent à la bouche. On le brûla en Grève, en même temps qu'on pendait Cavagne et Briquemaut. Le roi alla à l'Hôtel de Ville voir cette fête avec sa mère et le petit roi de Navarre. Seulement Charles IX regardait derrière un rideau.

Pendant plusieurs jours, disent le catholique Brantôme et l'auteur protestant de l'Estat de la France, il y avait eu pèlerinage à l'épine des Innocents et pèlerinage à Montfaucon pour voir un je ne sais quoi sans forme, quelque chose de noir, demi-grillé, qu'on disait être le corps de Coligny. Le roi y avait été des premiers avec la cour et la foule des bonnes gens de Paris.

On avait grand soin, dans ces temps, de mener les enfants aux supplices des brigands, aux expositions de voleurs, pour les moraliser et leur imprimer le souvenir de ces exemples salutaires. On conduisit à Montfaucon les petits huguenots, tout nouveaux catholiques, les propres fils de l'amiral. L'aîné, âgé de quinze ans, sanglotait à crever. Le plus jeune, de sept, appelé Dandelot et digne de ce nom, regarda d'un œil ferme, voyant son père transfiguré comme il le sera dans l'avenir.