Du 26 mai au 29, une assemblée générale des ministres de France avait eu lieu au faubourg Saint-Germain.
Pendant ces violentes disputes du parlement, au milieu des bûchers, au sein d'un peuple furieux qui massacrait jusqu'à des catholiques suspects de tolérance, ces hommes intrépides, de toutes les provinces, vinrent siéger en concile. Dans leur gravité forte, ils écrivirent leur foi, leur discipline, et l'acte de naissance de la démocratie religieuse.
D'où en vint la première pensée? de Paris? de Genève?
Elle sortit surtout de la nécessité. L'immense développement souterrain qu'avait pris la Réforme, cette foule d'églises, nées de l'inspiration spontanée ou des missions, dans une cave, dans une grange, un bois, une lande solitaire, c'était la diversité même; peu en rapport entre elles, elles différaient, sans le savoir, d'organisation et de discipline. Choudieu, ministre de Paris, fut envoyé par son église au synode de Poitiers. Il y porta (ou y trouva?) l'idée d'établir un accord entre les églises de France. Le rendez-vous fut donné à Paris, au volcan même de la persécution. Le faubourg Saint-Germain, que l'on commençait à bâtir hors la ville, offrait quelques retraites à la mystérieuse assemblée.
Pour la discipline, comme pour la foi, on eut en vue de renouveler la primitive église, telle que Genève croyait la reproduire. «Nulle église au-dessus des autres. Deux fois par an s'assemblent les ministres, chacun amenant un ancien et un diacre.
Le ministre nouveau qu'élisent les anciens et les diacres est présenté au peuple pour lequel il est ordonné. S'il y a opposition, elle sera jugée en consistoire, ou en synode provincial, non pour contraindre le peuple à recevoir le ministre élu, mais pour justifier ce ministre.»
Voilà la base républicaine de l'église de France, vraiment républicaine alors; car en ces commencements les électeurs (anciens et diacres) sont eux-mêmes élus par le peuple.
Tout cela calqué sur Genève; mais combien différent, en résultat, quand on le transportait de la petite ville au royaume de France, à cet empire immense que la Réforme allait se créant au Pays-Bas, et en Écosse, en Angleterre, bientôt en Amérique!
Combien plus différent encore quand, d'une ville d'asile et d'école, fermée et protégée, la République réformée passait dans l'aventure, sur ces vastes champs de bataille, aux hasards de la guerre civile!
La distinction du monde spirituel où cette église espérait se tenir durerait-elle d'une manière sérieuse? Le glaive de la parole et de l'excommunication, le seul dont elle voulut s'armer, serait-il suffisant? Les tyrans de la terre en sentiraient-ils la pointe acérée? La défense du peuple, l'impérieux devoir de défendre les faibles, ne forceraient-ils pas de prendre un autre glaive?