Alors la lettre de Philippe II arriva, l'assomma. Cette lettre, lue en conseil devant lui, était une terrible menace d'intervenir, de faire entrer en France quarante mille Espagnols, d'employer sa vie même, s'il le fallait. Le Navarrais fut tué du coup. À partir de ce jour on le vit courtisan des Guises, les suivre, dédaigné d'eux, n'en tirant pas même un regard.

Voici le commencement du règne de l'Espagne en France. Règne facile. Sur tous, il lui suffisait de souffler.

Les Guises, en même temps, par un coup imprévu, étaient prosternés aux pieds de l'Espagne. Leur violence étourdie les avait perdus en Écosse. Malgré leur sœur, la reine douairière, qui connaissait mieux le péril, ils avaient entrepris de faire en ce royaume une razzia des protestants et le séquestre de leurs biens. Projet fou qui était la base d'un autre encore plus fou, l'établissement sur ces biens de mille gentilshommes français qui, obligés au service militaire, eussent tenu le pays en bride; une miniature enfin du grand établissement de Guillaume le Conquérant en Angleterre. Ce beau projet réconcilia l'Écosse; tous les partis s'unirent. Maîtres d'Édimbourg le 29 juin, le jour de la mort d'Henri II, ils dépouillent Marie de Guise de la régence.

Ils ont l'appui d'Élisabeth, et d'une armée anglaise, qui chassera à la fin les Français. Les Guises, d'autre part, étaient appelés en Angleterre; les catholiques anglais leur offraient l'île de Wight. Qui les arrêta? Qui garda Élisabeth et lui permit d'assurer en Écosse la victoire du protestantisme? On en sera surpris, ce fut le roi d'Espagne qui défendit aux Guises d'accepter.

Ainsi partout l'Espagne. C'est elle encore qui empêche les Guises de tenir en France un concile national, les oblige d'envoyer au concile général qui se tient à Trente, sous le bâton de l'Espagnol.

Donc, l'Espagne faisait la terreur de l'Europe.

On se fût rassuré, si l'on eût su l'état réel de Philippe II comme nous le savons aujourd'hui, pouvant lire dans ses lettres et celles de ses ministres sa misère et son impuissance.

Nous apprenons d'abord du duc d'Albe que toute l'inquiétude de l'Espagne, pendant quatre ans, fut d'empêcher que la machine (de la France) ne se disloquât, n'étant pas encore en mesure de profiter de ses débris. (Granv., VII, 281.)

On voit, par les lettres de Granvelle, sa grande inquiétude, qu'il n'arrivât la moindre chose en Europe, par exemple une tentative de la Savoie sur Genève; Berne en prendrait prétexte pour s'emparer du Milanais ou de la Franche-Comté, que, dit-il, nous ne pourrions jamais reprendre. Philippe II lui répond qu'il est de cet avis, et qu'il y faut bien prendre garde, retenir la Savoie. L'Espagne est si malade qu'elle a peur du canton de Berne. (Granv., VI, 103, 104, 153, 195; juin 1560.)

«Que deviendrions-nous, dit Granvelle, s'il y avait quelque trouble ici, aux Pays-Bas!» (Granv., VI, 41, 43.)