La Justice d'abord les rassura. Le Parlement donna l'exemple de la mauvaise volonté. L'honnête chancelier espérait, par une ordonnance, sans toucher au passé, amender un peu l'avenir (ord. d'Orléans). Il rendait part au peuple, au bas clergé, dans les élections ecclésiastiques, réprimait la noblesse, rendait moins arbitraire l'assiette de la taille, protégeait le commerce. En même temps il rognait les juges, les réduisant de nombre et de profits. Le Parlement, blessé de n'avoir pas été ménagé dans la réduction générale des gages, éclata honteusement par cette question d'argent. Il trancha du Caton, se montra gardien inflexible des libertés publiques, repoussa les réformes qui venaient de la cour, surtout la tolérance, garda sous clef les protestants qu'on devait élargir, d'après un vœu des États Généraux.
La ligue des juges et des voleurs était palpable. Nul remède aux maux, si l'on ne commençait des justices sérieuses. Les États provinciaux de l'Île-de-France (encouragés par Coligny) demandèrent une enquête des vols publics.—Et, pour que le Conseil n'empêchât pas, ils voulaient nommer le Conseil, enfin que le roi de Navarre devînt lieutenant général et vrai chef du gouvernement (20 mars 1561).
Mémorable insolence! Tous les voleurs s'en indignèrent, crièrent que tout était perdu.
Et il y eût eu, en effet, un grand bouleversement. Quel spectacle eût-ce été si l'on eût remué les douze ans d'Henri II, pénétré les mystères d'Anet, de Chantilly, montré au jour l'horreur de l'antre de Cacus? À l'odeur de tout ce fumier, un monde de témoins se fût levé, fût venu déposer. Et de tant de boue soulevée, n'en eût-il pas jailli sur la Justice même, servante de cour en blanche hermine, par les mains de laquelle des tas d'ordures avaient passé?
Il fallait vite sauver l'honneur public, le respect dû aux princes et aux honnêtes gens. Tous étaient d'accord là-dessus. Les Guises le sentirent, et qu'on aurait grand besoin d'eux. Ils s'éloignèrent; l'ancienne cour, certainement, allait s'unir au clergé pour les prier de revenir.
Diane, effrayée la première, sortit de son manoir d'Anet, remontra sa beauté ridée, et, magnanimement, sans rancune pour les Guises ingrats, se mit à travailler pour eux. Elle alla trouver Saint-André, non moins effrayé qu'elle, et il alla trouver Montmorency, le pria de s'entendre avec MM. de Guise.
Trop facile négociation. Le vieil oncle, jaloux de la grandeur de ses neveux, du poids qu'avait pris Coligny, se sentait catholique et commençait à éprouver de grands scrupules religieux. Scrupules augmentés par sa femme, une dévote Savoyarde. Ce pieux personnage avait-il les mains nettes? Dès le temps de François Ier, il avait vendu des procès, blanchi Châteaubriant. Il avait, de Philippe II, reçu grâce et merci, dispensé par lui de payer une rançon de connétable, pas moins de 200,000 écus. Fort aimé des Granvelle, depuis longues années, il était (en tout bien, sans doute) un très-bon conseiller de la couronne d'Espagne.
Les choses en étaient venues au moment où Montmorency devait se déclarer décidément pour le clergé et pour les Guises, ou décidément contre.
En ce dernier cas, il perdait son inestimable joyau, l'amitié de l'Espagne, qui avait fait, autant qu'aucune faveur royale, la racine ignorée de sa permanente fortune.
Qui nous dit ce mystère qu'on n'eût point soupçonné d'un fourbe si masqué de franchise, d'un vieux soldat paré de cheveux blancs? Qui le dit? C'est le duc d'Albe, dans la lettre secrète à son maître que nous avons déjà citée.