Datons d'ici l'ère véritable des guerres civiles. Elles datent, non pas du tumulte d'Amboise ni du soulèvement armé, mais du jour où l'émeute fut sous les fleurs de lis, où les gens du roi se mirent à plaider contre le roi et proscrivirent l'édit de pacification.

Ce fut le premier pas. Et le clergé fut le second, l'appel à l'étranger.

Le 3 mai, jour où on lui présenta l'ordre de déclarer ses biens, le chapitre de Paris dit qu'il fallait attendre et que Dieu aiderait. Ce Dieu, c'était le roi d'Espagne.

On rédigea d'amples instructions, et, en même temps qu'on envoyait aux Guises, le clergé adressa à Philippe II un messager secret, le prêtre Arthur Didier (qui fut saisi à Orléans).

Dans une remontrance adressée aux États, il déclarait: «Que cette description odieuse qu'on demande du bien de l'Église, contre les libertés du royaume, cessât, selon le vœu du droit commun qui l'estime dure et inhumaine aux républiques libres, où chacun également jouit du sien en pleine liberté, pour ne découvrir la vilité des uns et faire envier les facultés des autres.»

La liberté! l'égalité!... Les amis des formules seront ravis ici. Quelle preuve plus manifeste que le clergé de France eut toujours la vraie foi révolutionnaire... La fraternité manque, il est vrai, au symbole.

Cet acte hypocrite et pervers, pour mettre sous l'abri du droit commun le plus monstrueux monopole, est le point de départ et le digne évangile de la démocratie catholique que la Saint-Barthélemy va mieux révéler tout à l'heure, et dont toute la Ligue nous donnera le commentaire.

Maintenant que les lettres secrètes (d'Espagne et d'Allemagne) ont été publiées, cette année 1561, jusque-là incompréhensible, a pris quelque lumière. On voit parfaitement que le clergé et ses agents, les Guises, marchèrent d'un pas ferme à la guerre civile; que leurs actes, flottants et discordants en apparence, concordent admirablement, et (d'une extraordinaire roideur) les mènent directement au but.

La noblesse était divisée: pour la bonne moitié, mécontente; pour un quart, protestante; un quart à peine du côté du clergé. Mais ce quart, protestant, très-vaillant et très-aguerri, était de plus ardemment fanatique, prêt à donner sa vie.

De fanatisme, il n'y en avait parmi les catholiques que dans le petit peuple. Les nobles, amis des Guises, étaient des hommes d'intrigues et d'intérêts, très-froids dans les commencements.