On n'avait commencé qu'à trois heures; les vêpres étaient dites, et l'église silencieuse. Rien d'apparent; on l'aurait crue déserte. Mais à peine le sermon commence, les cloches se réveillent et se mettent en branle; elles sonnent à toute volée, en furieuses, on n'entend plus qu'elles. Alors une batterie imprévue se démasque. À toute ouverture du clocher, du plus haut au plus bas, des têtes apparaissent; flèches et pierres pleuvent comme grêle. Le tocsin sonne, appelle le faubourg et l'armée des deux abbayes.

Des députés, l'un parvient à entrer, et il est tué. L'autre revient à toutes jambes. Le magistrat espère être plus respecté. Il avance seul vers l'église. La pluie de pierres ne continue pas moins. Il est forcé de revenir.

Les protestants, malgré leur nombre, auraient eu fort à faire s'ils n'avaient eu quelque cavalerie. Ceux qui, venus de loin, étaient à cheval, faisaient le guet autour de l'assemblée. Ils virent bientôt de noires fourmilières des faubourgs Saint-Marceau et Saint-Jacques, venir à eux, gens de toutes sortes, à qui on faisait croire que l'église était au pillage. Ils mirent leurs chevaux au galop, et, sans qu'ils en vinssent à charger, toute la foule avait disparu.

Cependant les douze mille qui étaient devant Saint-Médard avaient leur homme dans l'église qu'on ne leur rendait pas et dont ils ignoraient le sort. Ils entreprirent de le reprendre, et enfoncèrent les portes. Cela ne se fit pas assez vite pour qu'ils ne reçussent d'en haut une effroyable grêle dont plusieurs furent blessés. Ils entrent pourtant, et ils trouvent leur homme à terre; ce n'est plus qu'un cadavre. L'église pleine de gens armés. Les reliques avaient été retirées et cachées la veille; les images restaient, les statues, les crucifix; les protestants les mettent en pièces. Je ne crois nullement, comme ils le disent, que les catholiques eux-mêmes les aient brisés pour s'en armer; dans une chose si bien préparée, ils s'étaient pourvus d'autres armes.

Le nombre des blessés protestants est inconnu; mais il y en eut trente ou quarante parmi les catholiques. Le curé et ses gens se réfugièrent dans le clocher, laissant leurs paroissiens devenir ce qu'ils pourraient. «Pauvres idiots populaires, dit le récit protestant, qu'on tâcha de sauver, bien qu'il n'y eût pas une vieille qui n'eût fait son devoir, au défaut d'autres armes, d'amasser et jeter des pierres.»

Pour prendre le clocher et faire taire le tocsin, on fit mine de vouloir mettre le feu au pied. Ils descendirent alors, et le prévôt les fit lier. Le difficile était d'emmener ces prisonniers, et aussi de pourvoir à la sûreté des protestants qui se retiraient à travers un quartier hostile.

Le guet et les cavaliers protestants en vinrent à bout. Ceux-ci, à la première tentative de sortie violente qu'on fit de certaines maisons pour déranger la file, rembarrèrent si durement les assaillants qu'ils n'y revinrent pas; la route fut paisible jusqu'au Châtelet, où le prévôt mit les prisonniers.

Première et notable victoire de la liberté religieuse (15 déc. 1561).

Le lendemain dimanche, elle fut constatée. Au matin, l'assemblée se fit, moins populaire, mais toute armée, et en mesure de résistance. Nul désordre pourtant, pas un geste, pas un mot d'outrage, le calme de la force.

Le soir, quand pas une âme n'était au Patriarche, on vint bravement en faire le siége; on cassa, brûla tout, la chaire fut mise en pièces. Tout eût été détruit, sans douze cavaliers protestants, accourus au galop, qui fondirent et dispersèrent tout, sauf cinq ou six vauriens qu'ils saisirent sans les maltraiter, et livrèrent aux gens de justice.