Les assiégés perdirent treize cents hommes, et les assiégeants vingt-deux mille, des princes et nombre de seigneurs, l'argent du parti catholique, bien plus, l'élan de la Saint-Barthélemy. Tout vint s'amortir, s'enterrer dans les fossés de La Rochelle.

Les assiégeants avaient la fièvre, et ils étaient tellement baissés de cœur, qu'à toute attaque ils s'enfuyaient. Les Rochelais s'amusèrent à leur lancer des goujats en chemise, armés de ferrailles rouillées.

Le duc d'Anjou fut trop heureux de voir arriver la députation polonaise qui lui apprenait son élection et devait l'emmener. On traita à la hâte. La Rochelle, Nîmes et Montauban restèrent trois républiques, se gardant et se gouvernant. Le prêche y subsistait, ainsi que chez tous les seigneurs qui n'avaient point abjuré. Partout ailleurs, liberté de conscience (6 juillet 1573).

Nous avons dit comment la cour de France avait acheté son succès de Pologne. L'ambassadeur Montluc jura que le duc d'Anjou et Charles IX n'étaient pour rien dans la Saint-Barthélemy, et promit expressément la liberté religieuse non-seulement pour la Pologne, mais pour la France même. La crainte universelle qu'on avait de voir la maison d'Autriche faire arriver un archiduc à cette couronne réunit tout le monde pour le duc d'Anjou. Le Turc le recommanda; le pape et les luthériens d'Allemagne agirent pour lui également. Montluc, prenant vingt masques, se montrait protestant pour gagner les riches Palatins, et il captait la petite noblesse par des discours démocratiques, des appels à la liberté. Il n'y eut jamais pareille effronterie. Le tout démenti, et l'ambassadeur désavoué, quand les Polonais eurent élu et furent arrivés à Paris.

Curieuse dérision de la fortune. Voilà cette cour, après ce long siége inutile, cet échec de cinq mois, ses forces épuisées et son impuissance constatée, la voilà qui grandit devant l'Europe, accrue d'une couronne, de ce choix glorieux, de cette lointaine royauté d'Orient.

L'imberbe duc d'Anjou trône royalement à côté de son frère, entre les longues moustaches, les fourrures de ses Palatins. Les Guises séchaient de jalousie. Ils avaient fait tout ce qu'ils avaient pu pour empêcher la paix de La Rochelle; le bon cardinal de Lorraine disait paternement qu'il connaissait bien le duc d'Anjou, «s'étant meslé de sa conscience, et que le duc avoit juré d'exterminer tous ceux qui avoient été huguenots.» (Lettre ms. de Catherine, 20 mai 1573.)

Ces lettres de la reine mère sont bien étranges. La plus vaine, la plus folle ambition y paraît. On y voit d'une part la pauvreté extrême où l'on est et la peine qu'on a d'emprunter de l'argent; d'autre part, elle commence tout, elle a envie de tout; il lui faut tous les trônes.

En Lorraine, où elle fait la conduite au jeune roi de Pologne, nous la voyons mener de front je ne sais combien d'autres affaires plus ou moins chimériques.

Elle intrigue, chemin faisant, pour le mariage d'Alençon avec Élisabeth, fait par écrit sa cour au banquier Ridolfi, très-influent à Londres, lui fait faire des présents, et aussi à un Vellutelli, autre intrigant, qui s'occupe du mariage. Elle travaille l'Empire pour Charles IX. Elle abouche son fils Anjou avec le frère du prince d'Orange.

Qui mettra-t-elle aux Pays-Bas, Anjou ou Alençon? Elle aimerait bien mieux le premier. Anjou dit, en passant le Rhin, à Louis de Nassau, qu'il ne fait qu'un tour en Pologne, mais qu'il va revenir et lui mener toute la noblesse de France pour éreinter le duc d'Albe.