Chose extravagante. Le long travail du parti clérical pour faire un héros, un dieu de Henri de Guise, avait eu justement pour effet de mettre son cadet dans l'ombre et d'établir dans les esprits une solide opinion de sa médiocrité. Les talents réels de Mayenne ne pouvaient le tirer de là. Il eût eu peu de gens pour lui, et il aurait eu contre lui certainement le roi d'Espagne, secrète pierre d'achoppement de tous les prétendants.

Mayenne, qui venait organiser un gouvernement, en trouva un, celui des Seize et de la ville. C'est des Seize qu'il reçut la liste toute préparée du Conseil général de l'Union que Paris créait pour la France. Il y eut trois évêques, six curés de Paris, sept gentilshommes, vingt-deux bourgeois, Mayenne président, Sénault secrétaire (un des Seize), en tout quarante membres. Le secrétaire à lui seul pesait autant que le conseil. Mayenne obtint bien d'ajouter quinze hommes de robe (Jeannin, Ormesson, Villeroy, etc.), pour guider l'inexpérience de ces quarante rois. Mais le secrétaire Sénault n'écrivait que ce qu'il voulait. Des autres, presque toujours, il faisait des rois fainéants, les arrêtant à chaque instant par un petit mot: «Doucement, messieurs, je proteste au nom de quarante mille hommes.»

De sorte que le vainqueur, le Conseil général, était presque aussi dépendant que le vaincu, le Parlement.

Pour consoler un peu le Conseil de sa nullité, on le payait grassement. Chacun des quarante membres avait cent écus par mois, forte somme qui ferait bien mille ou douze cents francs aujourd'hui.

Le Conseil avait commencé par diminuer d'un quart les tailles pour toute la France. Mais cela n'eut pas grand effet; le roi avait fait déjà la diminution. Et personne d'ailleurs ne payait, du moins nulle taxe générale.

Chaque ville avait assez à faire de suffire aux razzias locales que faisaient les gouverneurs de province, ou les commandants de place, ou les chefs de faction, toute autorité, tout le monde, pour tous les besoins ou prétextes de la guerre civile.

Mais ce qui rendit le Conseil de l'Union bien autrement populaire, ce qui le fit adorer à Paris, ce fut l'autorisation donnée aux locataires de ne plus payer le loyer. Il y eut réduction expresse d'un tiers. Mais on ne paya plus rien.

Le peuple était misérable, tout commerce ayant cessé; les pauvres vivaient de hasard, d'aumônes plus ou moins forcées, de soupe ecclésiastique. Mais cette grande délivrance de n'avoir plus de loyer, de ne plus chercher sou à sou, de ne plus calculer le terme, d'avoir perdu le souci et la notion du temps, cela seul faisait de la misère un paradis relatif.

Le clergé, quoique forcé de donner beaucoup, trouvait aussi une grande douceur financière à la guerre civile. Elle le dispensait de la charge qui, depuis près de trente ans, le faisait gémir, celle de payer les rentes de l'Hôtel de Ville. Cette charge, c'était la blessure profonde, la navrante plaie qui, jour et nuit, perçait le cœur de cet infortuné clergé, pour la guérison de laquelle il avait en vain appelé tous les médecins, et Guise, et l'Espagne, et le ciel!

De sorte qu'une intime union se trouva formée entre ces deux classes qui l'une à l'autre se donnèrent dispense de payer: le clergé dispensa le peuple de payer impôts et loyers; le peuple dispensa le clergé de payer la rente publique.